Faisons-nous fausse route?

Mercredi matin, en sirotant mon café, j’écoutais Destination Coupe Stanley AM quand une entrevue avec Benoît Groulx, l’ancien entraîneur de la LHJMQ devenu pilote du Crunch de Syracuse (club-école du Lightning de Tampa Bay), a attiré mon attention.

Il parlait de la relation qu’il avait avec son fils, Benoît-Olivier Groulx, joueur vedette des Mooseheads de Halifax, quand les deux animateurs ont abordé avec lui la question de l’influence des parents dans le cheminement de leurs enfants dans le hockey – et dans le sport en général.

Sans détour, Benoît Groulx a avoué être resté volontairement à l’écart de la progression de son fils dans les différents niveaux de hockey et il a laissé le champ libre aux entraîneurs qui ont eu l’occasion de le diriger pendant toutes ces années.

Il a noté que plus un parent se mêle de la carrière de leur fils, moins il en sort gagnant.

Et vlan dans les dents!

Groulx a ajouté que les parents voient l’accès de leur enfant à la Ligue nationale de hockey comme le but à atteindre au lieu d’utiliser le hockey d’abord comme un outil de développement de l’athlète et de la personne.

À son avis, les jeunes qui démontrent le moindrement de talent sur la patinoire subissent une pression énorme dès un trop jeune âge de la part de leurs parents qui se mettent à rêver d’une glorieuse carrière et tout l’argent qui va avec, sans oublier ces organisations qui vont les placer avec d’énormes responsabilités sur leurs frêles épaules afin de gagner, au point où le jeu change pour développer les individualités plutôt que de prôner les valeurs de l’équipe.

En tant que parent d’une ex-athlète élite, ce discours m’a profondément troublé par sa vérité et son honnêteté.

Ce qui m’amène à poser cette question: faisons-nous fausse route dans nos méthodes de développement du sport d’élite et du hockey en particulier?

Combien de fois avons-nous préféré l’individualité au détriment du développement de l’équipe ou du groupe? Pour chaque jeune qui vivra un moment merveilleux quand il entendra son nom prononcé par une organisation de la LHJMQ ou de la LNH, combien ont été mis de côté au bout du banc, à devenir bien malgré eux les témoins secondaires d’une action qui n’est plus la leur et qui finiront par se désintéresser du sport?

Bien entendu, nous aimons la victoire. Nous adulons nos vedettes, qui ont sué sang et eau, qui ont sacrifié tellement de ce précieux temps qui aurait pu être utilisé à autre chose tout aussi constructif pour en arriver au sommet.

Mais pour chaque Sidney Crosby qui est parvenu à soulever trois fois la coupe Stanley dans sa carrière professionnelle et qui gagne tellement d’argent qu’il ne sait plus quoi en faire, combien ont quitté la patinoire avec la mine basse et la larme à l’oeil parce qu’on ne leur portait plus l’attention qu’ils auraient certainement méritée en cours de route? Dix? Cent? Mille?

Nous regardons trop la pointe de l’iceberg – le succès -, au détriment de tout ce que cache l’eau – le travail, le développement, les qualités, les sacrifices, les valeurs de l’équipe. Et comme le Titanic, notre hockey ne tient pas compte de l’obstacle qui finira par le couler, dans un avenir plus ou moins rapproché.

Il est grand temps de virer le gouvernail.