Rayée de la carte

Le soleil brille, le printemps est là (je crois), je vais tenter un peu de légèreté. Dès la fin mai et jusqu’à la fin octobre, si vous visitez le centre de la Confédération à Charlottetown, ne manquez pas l’exposition «Missing the Island» ou, si vous préférez, «sans l’île». Il s’agit d’une exposition de cartes, de livres, de T-shirts et autres objets du quotidien qui ont la particularité de comporter une carte du Canada où l’Île-du-Prince-Édouard n’apparaît pas.

Cette initiative est due au professeur d’histoire, Alan MacEachren, originaire de l’Île, qui a réuni ces perles échelonnées sur des siècles! Il remonte, c’est tout dire, jusqu’à 1613 et aux «voyages de Samuel de Champlain», ouvrage qui contient deux cartes du Nouveau-Monde, sans île.

Même chose en 1940, dans un livre intitulé «Ride Canada», publié par une femme qui avait traversé le Canada à cheval, de toutes évidences, sans passer à l’Île.

Au cas, où vous aimeriez croire que les connaissances se sont améliorées depuis, l’exposition contient un de ces fameux cahiers d’école Elroy avec une carte amputée de la même manière, une annonce du Gouvernement du Canada datant de 2015 (oui, vous avez bien lu!) et – ne boudons pas notre plaisir – une carte produite par CAA, pour marquer le 150e anniversaire de la Confédération canadienne, avec neuf provinces sur dix. Ça ne s’invente pas!

Si cette nouvelle a attiré mon attention, c’est que que l’Île-du-Prince-Édouard n’est pas la seule à se faire ainsi gommer régulièrement. Il y a une semaine à peine, une association terre-neuvienne faisait appel à la population de la région pour recueillir des données sur la présence du capelan le long des côtes.

Les gens de Saint-Pierre et Miquelon concernés par cette demande, ont cependant vite constaté que leurs îles n’apparaissaient pas sur la carte! «Oups!» ont répondu les responsables.

Avez-vous constaté ce genre d’oubli pour Miscou, Grand Manaan, l’Île Madame ou les îles de la Madeleine? Si oui, écrivez-moi donc pour me le dire, car, j’en suis persuadée, il en va de la géographie comme de l’histoire: on la façonne à ses besoins, à sa méconnaissance et à sa négligence. «Oups!»