La zone grise de la matière grise

La nouvelle est tout sauf banale. Un jeune homme de l’Île-du-Prince-Édouard, Brodie McCarthy, âgé de 18 ans, de l’école secondaire Montague Regional High à l’Île-du-Prince-Édouard, est décédé dimanche des suites d’une blessure à la tête causée lors d’un match de rugby scolaire à Summerside deux jours plus tôt.

Évidemment, le milieu du rugby, et par la bande celui du sport scolaire, est ébranlé.

Selon les rapports des médias, il aurait subi deux hémorragies cérébrales qui se sont avérées fatales à la suite d’un contact apparemment anodin, dans le sens qu’on peut en voir des dizaines de ce genre dans une rencontre.

Mais en réalité, ce n’est pas anodin. Aucun jeune ne se présente sur un terrain de sport de contact avec, à l’esprit, l’idée qu’il n’en sortira pas vivant. Dans un sens, cela n’a aucun sens, justement.

Cette tragédie ramène sur le tapis la question de la présence des sports de contact en milieu scolaire. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle et ça ne sera pas la dernière. On en a débattu l’an dernier, quand les entraîneurs ont retiré du match leur formation de football scolaire des Olympiens de l’école L’Odyssée de Moncton parce que plusieurs joueurs avaient subi des blessures à la tête dans un duel contre Trantamar High.

Un geste sage, mais qui avait notamment soulevé des interrogations sur ce qui est acceptable et sur ce qui ne l’est pas quand on parle de coups à la tête chez ces jeunes qui sont avant tout des élèves qui préparent leur avenir académique avant d’être des joueurs. Le District scolaire francophone Sud avait alors pris des positions plus fermes à ce sujet. C’est tout à son honneur.

Mais quand il est question de la matière grise, on entre dans une zone encore plus grise, pour ne pas dire brumeuse. Devrait-on resserrer les règles davantage quand il s’agit des sports scolaires de contact? Dans le cas du rugby et du football, devrait-on mieux éduquer les jeunes en leur faisant jouer au flag football deux saisons avant de les envoyer disputer un ballon contre des adversaires parfois beaucoup plus grands et plus gros?

Devrait-on aller jusqu’à les bannir du milieu scolaire à la suite de cet accident tragique? Si on emprunte cette voie, pourquoi ne pas exclure également tous les voyages en autobus après la catastrophe des Broncos de Humboldt? Car, dans le fond, les risques sont semblables, non?

On ne peut cataloguer la mort du jeune Brodie dans le dossier des «bêtes accidents», que l’on pleure pendant quelques jours avant de passer à autre chose. On le fait trop souvent et ça n’arrange rien. Allez demander à ses parents comment ils se sentent aujourd’hui. Ils ont perdu un fils dans des circonstances pour le moins troublantes.

À l’autre bout du spectre, il est vrai que l’on doit accepter les conséquences inhérentes aux sports de contact. Avec la possibilité que des commotions cérébrales, voire des incidents encore plus graves, surviennent. «On ne joue pas aux cartes», n’est-ce pas?

Nous sommes d’avis qu’il est important de placer des règles plus précises (plus strictes?) quand il est question des sports de contact en milieu scolaire. Ça peut passer par le livre des règlements ou encore le port d’un équipement mieux adapté. Nous devons faire en sorte de mieux protéger notre cerveau, en pleine formation à cet âge, dans un environnement compétitif aussi physique, où les coups à la tête sont malheureusement impossibles à enrayer totalement.