Pourquoi sacrifier l’avenir pour honorer le passé?

Serge ComeauChroniques

C’était jour de corvée au cimetière de Petit-Rocher lundi. L’hiver rigoureux et ses grands vents ont fait tomber de nombreuses branches de nos grands arbres centenaires. Il fallait ramasser cela. Il y avait peu de fleurs en plastique. Le vent a charrié cela dans la baie.

C’est un désastre! Vous croyez que j’exagère. Au minimum, c’est la préparation d’un désastre selon moi. Mais aussi selon plusieurs études scientifiques. Vous avez peut-être vu ces reportages qui montrent un «sixième continent» dans les eaux de l’océan Pacifique: cette «soupe de plastique» couvre l’équivalent de 3,4 millions km2, soit près de 50 fois la taille du Nouveau-Brunswick. Pas besoin d’aller aussi loin pour constater le fléau. Des pêcheurs d’ici pourraient en témoigner.

L’an dernier, un groupe de citoyens et d’étudiants m’avaient alerté sur la quantité énorme de plastique recueillie sur les berges de la baie des Chaleurs: des dizaines de sacs de vidanges récoltés en quelques heures. Il y avait des bouts de cordes de nylon parfaits pour étrangler des oiseaux et des tiges de métal faites sur mesure pour que certaines espèces s’étouffent.

Mais surtout du plastique. Une consultante en écologie marine, Lyne Morissette, avance que 90% des déchets marins sont des matières plastiques. Pour elle, cela représente un des enjeux environnementaux les plus importants avec les changements climatiques.

Ces déchets font mourir des espèces et menacent la biodiversité. Ou viennent à contaminer la chaîne alimentaire lorsqu’ils sont ingérés par des poissons. Et ça se retrouve dans nos assiettes!

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Nous pouvons avoir un impact significatif pour régler cette situation. Personne ne peut dire que cela ne le concerne pas et rester à ne rien faire. On peut certes participer à des corvées de nettoyage pour éviter que le plastique se rende jusqu’à la mer. Mais on peut aussi choisir de produire moins de déchets. Moins de bouteilles d’eau en plastique, de contenants jetables, de sacs, de fleurs dans nos cimetières, etc.

Chaque année, plusieurs personnes viennent au cimetière pour honorer le mémoire de leurs défunts. Plusieurs placent sur les monuments funéraires des fleurs. Souvent, elles sont en plastique avec des supports en métal. Peu de gens se soucient de les ramasser. Lors des grands vents, tout cela est emporté. Dans les champs. Parfois dans les rivières, la baie ou la mer.

Nos cimetières en bord d’un cours d’eau ont un charme indéniable. Mais ils sont aussi une occasion de pollution marine. N’est-il pas temps de prendre la décision collective d’honorer la mémoire de nos défunts autrement que par un geste qui a des conséquences désastreuses immédiates pour nos écosystèmes? En faisant ainsi, nous embellirons du même coup ces lieux de mémoire. La beauté d’un cimetière est davantage liée à ses gazons verts, ses arbres et son aménagement.

Cette année, la communauté chrétienne de Pointe-Verte a pris l’initiative de sensibiliser ses membres sur cette situation. Et les autres communautés de la grande paroisse ont suivi. D’autres pourraient aussi s’inspirer de cette approche qui ne vise pas l’interdiction pour le moment, mais la sensibilisation.

Soyons inventifs. Encourageons l’économie locale. Utilisons les fleurs sauvages de nos champs ou des fleurs naturelles pour un hommage ponctuel à nos défunts lors d’une visite annuelle. Voilà une manière de rendre hommage à nos ascendants et de préparer un avenir à nos descendants.

Entendu quelqu’un dire qu’elle plaçait des fleurs sur la tombe de ses parents uniquement parce que d’autres le faisaient. Elle ne voulait pas que les gens croient qu’elle manque à son devoir d’hommage aux défunts. Il me semble qu’il y a d’autres manières de rendre hommage à nos défunts… à commencer par prendre soin de la création qu’ils nous ont laissée.

Prié sur la tombe de ma grand-mère le soir de la fête des Mères au cimetière de Sheila. Des paroissiens se mobilisent pour un grand projet de réaménagement de ce lieu de souvenir et de recueillement. Le souci de rendre hommage aux ancêtres conjugué avec le désir de prendre soin de l’environnement pourrait créer un lieu si beau qu’il rendra superflues les fleurs en plastique.

Béni plusieurs plants, graines et boutures lors de la messe des rogations. En insistant auprès des enfants sur l’importance de faire un jardin et de planter des fleurs. C’est une manière de prendre soin de l’environnement et d’embellir nos villages.

Proposé une fois de plus la simplification de nos conditions de vie. À cause de notre hyperconsommation, notre planète s’empoisonne. Mais nous empoisonnons aussi nos existences en étant toujours en quête du dernier gadget, de la nouveauté à acquérir et de la mode à suivre.

Appris que le 22 mai est la Journée internationale de la Biodiversité (depuis l’an 2000). Cette année marque les 25 ans de la Convention sur le Diversité biologique adoptée par 196 états et parties. Mais plus que de bonnes intentions, il faut des actions. Cela commence par l’engagement de chacun.