Un monument essentiel

En février dernier, d’un pas assuré, j’emmenai une de mes amies de Saint-Pierre et Miquelon jusqu’au bas du port d’Halifax pour lui montrer le monument de l’Odyssée acadienne qu’elle n’avait jamais vu. Surprise! Il n’était plus là. Franchement, je n’y comprenais plus rien, après tout un monument de cette taille et de ce poids, ne disparaît pas comme ça.

Vous vous doutez bien que je suis aussitôt allée aux nouvelles: on m’a expliqué que le monument était si lourd qu’il s’enfonçait dans le terrain où il avait été placé, face à l’Île Georges, lieu de détention de tant d’Acadiens et de centaines de mes ancêtres en provenance de Saint-Pierre et Miquelon.

Cette semaine, on apprenait que le monument ne serait pas replacé à temps pour la saison touristique. On cherche en effet un site adéquat, c’est-à-dire face à l’île mais sur un terrain plus solide, ce qui ne doit pas être aisé à trouver vu que le rivage actuel a dû être gagné sur la mer. On nous dit aussi que la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse est impliquée dans ce dossier, ce qui me rassure.

Des milliers de touristes descendent chaque été des navires de croisières et passaient jusqu’à maintenant régulièrement devant ce monument; je l’ai vu bien des fois de mes propres yeux, presque tous s’arrêtaient pour lire la plaque sur le monument et pour se faire prendre en photos. Je vous assure qu’ils regardaient ensuite l’île George d’un œil nouveau.

Cette occasion de découverte de notre douloureuse histoire me semble d’autant plus essentielle que l’île George commence à trouver sa place dans les brochures touristiques de la ville d’Halifax et de la Nouvelle-Écosse. Il est essentiel pour nous Acadiens et Acadiennes que ce lieu ne soit pas banalisé comme simple point de vue d’où faire des belles photos et comme lieu de promenade, mais d’abord et avant tout comme lieu de mémoire et de commémoration d’un des moments les plus noirs de l’histoire du Canada et de l’Acadie.