Un printemps magique et historique

Dimanche soir, plusieurs centaines d’amateurs de hockey du Nord-Est seront vraisemblablement scotchés devant leur gros écran plasma pour zieuter les aventures du Titan d’Acadie-Bathurst en finale de la Coupe Memorial. Scotchés genre: «Ne m’appelez pas, ne venez pas me voir et oubliez-moi je ne suis pas là!».

Ajoutez à cela les 2000 autres fidèles qui sont attendus sur le site de la Promenade Waterfront, où un écran géant de 16 par 9 (pieds, je tiens à préciser) sera aménagé afin de ne rien manquer de cette partie qui prendra son envol sur le coup de 20h.

Ça vous donne une petite idée à quel point le dimanche 27 mai 2018 est bien en selle afin de devenir une date historique pour la municipalité de Bathurst.

Une finale qui opposera donc les champions de la LHJMQ et les vainqueurs de la demi-finale de vendredi soir entre les Pats de Regina et les Bulldogs de Hamilton.

À vrai dire, j’ai plutôt envie de vous mentionner que peu importe ce qui arrivera dimanche, le printemps de 2018 est déjà assuré de passer à l’histoire. Ne serait-ce que pour tout le bien que cette épopée du Titan a fait au moral de la population.

Vous le savez aussi bien que moi, la région Chaleur ne l’a pas eue facile ces dernières 12 années. Les occasions de célébrer ont été très rares. Les fermetures des deux principaux employeurs (Mine Brunswick et le moulin Smurfit-Stone), qui ont d’ailleurs provoqué un exode massif vers le grands centres, et la tragédie des Boys in Red sont autant de coups durs qui ont installé une triste morosité dans la région.

Et bien qu’ils n’expliquent pas tout, ces aléas de la vie ont grandement contribué à vider le Centre régional K.-C.-Irving qui, au début du nouveau millénaire, faisait pourtant l’envie de la majorité des concessions de la LHJMQ en raison de son extraordinaire ambiance.

Puis est arrivé le printemps. Un printemps attendu après un long hiver avec beaucoup (trop) de neige dans le dernier droit. Un printemps animé de fort belle façon par des gamins âgés de 16 à 20 ans qui ont su reconquérir le cœur de toute une région. Fallait le faire. Plusieurs autres ont essayé dans la dernière décennie sans y arriver.

Depuis ce printemps, donc, la Titanmanie est de retour. Une Titanmanie qui, à quelque part, me rappelle le célèbre cri de ralliement «un pour tous, tous pour un» des mousquetaires d’Alexandre Dumas. La Titanmanie a rassemblé les gens autour d’une même cause. Et dans une société, on oublie trop souvent l’importance que peut avoir un lieu de rassemblement heureux au sein d’une population.

Et dans cette joie de vivre, dans ces nombreux sourires qu’on croyait disparu, il y a beaucoup de mérite qui revient au directeur général du Titan, Sylvain Couturier.

C’est lui qui a bâti cette équipe contre vents et marées. Souvent critiqué pour son travail dans les médias sociaux, la plupart du temps injustement, Couturier récolte enfin les fruits de son labeur.

Et n’en déplaise aux dirigeants du circuit, c’est lui le meilleur directeur général de la LHJMQ. J’ose croire que la ligue réalise aujourd’hui à quel point elle s’est ridiculisée en omettant de le placer ne serait-ce dans le groupe des trois finalistes pour le trophée du meilleur DG de la LHJMQ. Moi, être à leur place, j’aurais honte.

Un autre qui a joué un grand rôle dans ce printemps magique, c’est l’entraîneur Mario Pouliot.

À n’en plus douter, Couturier a vu juste en confiant le club à cet homme de hockey qui, je m’en souviens fort bien, s’est amené ici en 2014 précédé d’une réputation de gueulard incorrigible et incapable de bien préparer ses équipes.

Pouliot a prouvé qu’il était tout le contraire. Non seulement ses joueurs l’adorent, mais je n’entends plus la détestable et éternelle ritournelle: «Notre entraîneur s’est fait  »outcoacher »» après une défaite du Titan. Mario Pouliot n’est peut-être pas le meilleur, mais il n’en reste pas moins un excellent entraîneur.

Difficile aussi de ne pas souligner la contribution des joueurs, particulièrement du trio de 20 ans composé de Jeffrey Viel, Adam Holwell et Olivier Galipeau. Rarement le Titan a-t-il pu compter sur un «tiercé» aussi dominant que celui de cette saison. Trois grands leaders, adorés des partisans et de leurs coéquipiers, et à qui il aura fallu un total combiné de 1100 matchs pour mériter une ultime chance de remporter la coupe Memorial. Ce n’est pas rien.

Enfin, il serait bon de penser aux 28 actionnaires de l’équipe. Ces gars-là n’ont pas seulement mis des sous dans ce projet, ils ont aussi fait le pari de croire qu’il était possible de ramener le party dans la cabane.

Plus facile à dire qu’à faire.

Les dernières séries éliminatoires sont la preuve de leur réussite. Plusieurs n’y croyaient plus et j’en faisais partie. Comme bien d’autres, j’avais depuis longtemps abandonné l’idée de revoir le Centre régional K.-C.-Irving baigner dans la même ambiance que jadis.

Ils ont eu raison, nous avons eu tort.

Et c’est tant mieux.