Soixante minutes cruelles

Il y a quelque chose d’intense, de très injuste et d’encore plus cruelle quand on décide du sort d’un championnat aussi important que celui de la coupe Memorial dans un seul match.

Dans seulement 60 minutes, ou plus en cas de prolongation.

C’est l’envers du bon sens.

On passe à travers un calendrier éreintant de 68 matchs, parsemé de longs voyages en autobus et de séquences de trois parties en autant de jours, afin de désigner un champion de la saison régulière.

Ensuite se présente devant chaque équipe qualifiée des éliminatoires de quatre rondes potentielles avec une possibilité de 28 matchs en 40 jours jusqu’au moment où l’un de ces clubs soulèvera la coupe du Président.

Enfin, on utilise une semaine pour présenter d’abord un tournoi deux de trois afin de déterminer qui ira en demi-finale et qui aura la chance de passer directement en finale.

Et 60 minutes pour établir un champion canadien du hockey junior majeur…

Au moins, nous n’aurons pas droit à la séance de tirs de barrage pour départager le gagnant, comme on l’a récemment vu au championnat mondial de hockey, entre la Suède et la Suisse.

Le grand vainqueur de tout ce processus sera celui qui aura su gérer le mieux ses émotions dans ces situations aussi différentes les unes que les autres.

La saison est un long marathon qui sert à doser efficacement ses énergies et à peaufiner des systèmes de jeu qui serviront pour les éliminatoires.

Les séries sont comme des courses de demi-fond. Les entraîneurs peuvent ajuster leurs plans de match selon le déroulement d’un quatre de sept.

Quant au tournoi de la coupe Memorial, il n’est ni plus ni moins qu’un sprint, où la moindre erreur ou le moindre ralentissement peut coûter très cher.

Pas pour rien que ces matchs sur lesquels on colle l’étiquette de «do or die» ne sont pas toujours des classiques. Les formations en présence jouent en retenu et ne veulent pas faire la faute qui donnera un avantage à l’adversaire. Souvent, les deux équipes s’étudient et multiplient les jeux ratés avant que le rythme du match ne prenne le dessus.

Le club qui marquera le premier but sera celui qui dictera la suite des événements. Il se repliera en défensive, déplacera la pression dans l’autre camp, forcera l’ennemi à ouvrir le jeu et à prendre des risques, attendra les ouvertures qui viendront invariablement et en profitera alors pour creuser l’écart. Les Capitals de Washington en ont donné une très belle démonstration face au Lightning de Tampa Bay, cette semaine.

Souvent, si l’on enlève l’intensité et l’enjeu, ce type de match donne un spectacle mièvre.

Mais justement, ce sont cette intensité et cet enjeu qui feront en sorte que dimanche soir, les partisans du Titan d’Acadie-Bathurst et de leurs adversaires, que ce soit les Pats de Regina ou les Bulldogs de Hamilton, seront sur le bout de leur siège devant leur écran de télévision.

Ils vibreront à chaque montée, espéreront à chaque tir au but, détourneront les yeux devant chaque occasion de l’adversaire, stresseront en voyant s’égrainer les secondes au cadran, dans l’espoir que leurs favoris sauront combattre les aléas d’un match sans lendemain.

À la fin, ce sera la fête ou la tristesse. «Do or die».

Ces 60 minutes seront très cruelles.