Le «méchant Russe»

Alexander Ovechkin est un grand joueur de hockey. Les chiffres le prouvent.

Un total de 1122 points en 1003 parties (en saison régulière). Neuf saisons de plus de 40 buts. Quatorze trophées individuels, incluant six Maurice-Richard remis au meilleur buteur de la LNH.

Pourtant, plusieurs laissent sous-entendre que son parcours exceptionnel sera teinté s’il ne parvient pas à mettre la main sur la coupe Stanley.

C’est très facile de voir d’où viennent ces critiques.

Crosby est un bon petit gars de Cole Harbour, en Nouvelle-Écosse, alors qu’Ovechkin est un «méchant Russe» du bout du monde, ce qu’on appelait à l’époque un voleur de job.

Sauf que n’en déplaise aux Don Cherry de ce monde, l’un n’a rien à envier à l’autre et les deux auront leur place côte à côte au Temple de la renommée du hockey.

Qu’il remporte ou non la coupe Stanley, ça ne changera absolument rien.

Le Saint Graal du hockey est surtout un honneur d’équipe. Pour le conquérir, ça prend un mélange de talent, de détermination, mais aussi un petit coup de chapeau du destin.

Plusieurs grands joueurs de l’histoire de la LNH n’ont jamais réussi à soulever le précieux trophée à bout de bras. Leur réputation ne devrait pas en être entachée pour autant.

Quand on parle d’immortels malchanceux, le nom de Marcel Dionne vient immédiatement en tête. Même s’il a connu une carrière exceptionnelle (1771 points en 1348 rencontres), le joueur québécois n’est jamais passé proche de la coupe Stanley.

Il a joué avec des équipes de deux de pique pendant toute sa carrière.

Même quand il pivotait le trio de la triple couronne (avec Charlie Simmer et Dave Taylor), les Kings de Los Angeles étaient tristement atroces. Un super premier trio ne sert pas grand-chose quand ton meilleur défenseur est Jerry King Kong Korab et que ton gardien est Gary Suitcase Smith.

On peut aussi penser au grand Gilbert Perreault. Celui qui a passé toute sa carrière avec les Sabres de Buffalo a connu un parcours exceptionnel dans la LNH (1326 points en 1191 rencontres). Le numéro 11 évoluait au centre de la French Connection, en compagnie de Richard Martin et de René Robert. Encore là, le brio d’un seul trio n’a jamais suffi à faire des Sabres une équipe championne.

Mais ce n’est pas la faute du patineur de Victoriaville s’il jouait avec des gars comme Norm Gratton, Hugh Harris ou Larry Mickey, et que le gardien avait pour nom Dave Dryden.

Pas Ken, Dave.

L’exemple de Peter Stastny est aussi frappant. Celui qui a été le deuxième meilleur joueur des années 1980 (derrière un certain numéro 99) n’a jamais pu mener les Nordiques de Québec aux grands honneurs. À part une demi-finale contre les Flyers de Philadelphie en 1987, rien.

Pourtant, le Slovaque a bouclé son voyage dans le hockey professionnel avec un dossier éloquent de 1239 points en 977 parties. En compagnie de ses frères Anton et Marian, il a littéralement terrorisé les gardiens adverses pendant 16 saisons.

Mais jamais il n’est passé proche d’embrasser la grosse coupe de Lord Stanley.

Des exemples comme ceux-là, on pourrait en dénicher des dizaines.

Qu’Ovechkin gagne ou non la coupe, ça ne changera rien à rien. Il mérite d’être considéré comme l’un des meilleurs joueurs de tous les temps, point final.