Même combat

Quand j’étais journaliste pour Radio-Canada dans les années 1990, j’ai eu la pénible tâche de couvrir, pendant plusieurs années, l’effondrement des stocks de poisson puis la décision du gouvernement fédéral de décréter un moratoire à la pêche au poisson de fond. On se rappellera que la tâche de l’annoncer revint à John Crosbie, un Terre-Neuvien, qui dût affronter les insultes et les menaces d’une foule à l’agonie.

À l’époque, la majorité des pêcheurs eux-mêmes ne voulaient pas de ce moratoire, surtout pas les pêcheurs hauturiers qui continuaient à dire qu’il y avait de la morue, qu’il suffisait de savoir où la trouver. Quand les journalistes leur demandaient s’il ne fallait pas protéger «la ressource», la conclusion était toujours la même: la ressource était surexploitée à l’extérieur des 200 miles par les flottes étrangères, pas par eux. Aujourd’hui, après un moratoire qui dure depuis 26 ans, on sait, pour parler clair, qu’ils se trompaient «pas à peu près».

Je repense à tout cela en écoutant les protestations et les frustrations des pêcheurs du golfe qui voient se fermer des zones de pêche lucratives pour protéger les baleines. On peut comprendre leur anxiété quand on réalise les millions investis dans les bateaux de pêche, le gréement, les équipages et quand on prend en compte le travail perdu ou diminué dans les usines. Personne n’est insensible à cette réalité, j’ai trop vu de près le désespoir de mes compatriotes terre-neuviens à l’époque du moratoire pour ne pas en mesurer l’importance.

Mais voilà qu’une fois de plus, l’Homme se retrouve opposé à son environnement; voilà encore une fois que le besoin de pêcher plus, pour vendre plus, pour prospérer davantage s’oppose au besoin de respecter les océans.

Je n’ai de leçons à donner à personne mais je tiens à mentionner deux choses:

  • Le ministère fédéral n’a pas fermé purement et simplement la pêche, comme ce fut le cas avec le moratoire; il l’a restreint à une zone plus petite.
  • Si le gouvernement ne prouve pas sa ferme volonté de protéger les baleines, le principal débouché des pêcheurs – le marché américain – nous fermera les portes.