FACE À FACE: Justin Trudeau et les pipelines

Bernard Thériault

Ceux qui, cette semaine, vont s’époumoner pour accuser le gouvernement fédéral d’avoir préféré l’Ouest canadien au détriment de l’est dans le dossier de l’oléoduc Kinder Morgan, font preuve d’une ignorance crasse devant les dossiers d’intérêt nationaux auxquels le gouvernement doit faire face.

Ce à quoi le gouvernement Trudeau s’attaque dans ce cas-ci, ce sont les intérêts supérieurs de la nation, et non pas ceux d’une compagnie pétrolière qui veut à tout prix que le gouvernement paye pour transporter du pétrole dans la cour arrière de sa raffinerie. Mieux vaut se la fermer que de crier à l’injustice dans ce cas-ci. D’accord, monsieur le maire de Saint-Jean?

En rachetant l’oléoduc Kinder Morgan pour un montant de 4,5 milliards $, le gouvernement fédéral s’assure que le conflit qui l’oppose au gouvernement de la Colombie-Britannique ne mettra pas en péril le projet qui vise à doubler le volume de pétrole dans cet oléoduc entre Burnaby et Fort McMurray. Ce n’est pas de l’argent dépensé aveuglément, car en prenant le contrôle du projet, Ottawa s’assure qu’une fois complété, celui-ci vaudra beaucoup plus que ce qu’il en a coûté pour l’acquérir.

Que l’on soit vert, bleu, orange ou rouge, ou encore qu’on ne soit pas trop chaud à l’idée d’exploiter les sables bitumineux, il faut reconnaître que ces projets d’exploitation ont littéralement sauvé les régions rurales du N.-B. depuis une dizaine d’années. Regardons les aéroports de Bathurst et de Moncton pour constater le flux impressionnant de nos travailleurs. N’en déplaise au maire de Saint-Jean, c’est Fort McMurray qui nous permet de survivre dans le Nord, certainement pas la ville de Saint-Jean.

Le premier ministre Trudeau est pleinement conscient que les sables bitumineux, malgré leur mauvaise réputation d’un point de vue environnemental, ont permis à notre pays de maintenir des activités économiques à la hauteur de nos ambitions.

C’est tout à l’honneur de notre premier ministre de prendre ici une décision à l’avantage de tout le pays, même s’il est conscient qu’il perdra des sièges en Colombie-Britannique, et que ses chances d’en gagner en Alberta sont nulles. C’est un geste courageux.

Revenons au projet Trans-Canada que certaines personnes ont demandé de faire revivre cette semaine. Il faut préciser que celui-ci était de loin le moins rentable des trois et qu’à part peut-être la raffinerie d’Irving Oil, très peu de retombées économiques nous seraient revenues ici. Avec Kinder Morgan et un probable pipeline vers les États-Unis, l’avenir des champs pétrolifère de l’Alberta serait assuré, et les revenus qui en découlent nous permettront de faire la transition vers des énergies un peu plus vertes.

Pour ce qui est de Saint-Jean, s’il vous plaît, arrêter de vous plaindre, car Fort McMurray nous est beaucoup plus utile qu’un oléoduc traversant le pays.

Dur, dur, d’être premier ministre canadien par les temps qui courent, entre Trump l’hurluberlu, les baleines noires et le pétrole!

Jeannot Volpé

Pourquoi Justin Trudeau est-il prêt à intervenir afin d’aider le projet d’énergie vers l’Ouest canadien alors qu’il a fait échouer le pipeline vers l’est?
Avant l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau en 2015 les deux projets, un vers l’ouest et un vers l’est étaient en voie de se concrétiser. Les messages non cohérents, un processus nébuleux et une réglementation confuse ont rapidement rendu les investisseurs très nerveux.

Au niveau provincial, le gouvernement libéral de Brian Gallant comptait sur ses amis libéraux fédéraux. Le ministre de l’Énergie de l’époque au N.-B., Donald Arseneault, déclarait que la province aurait pu en faire davantage pour sauver le projet d’Énergie Est et c’est une opportunité manquée.

Justin est prêt à investir 4,5 milliards $ afin d’acheter le pipeline existant et il est aussi prêt à investir plusieurs autres milliards afin de concrétiser ce projet énergétique vers l’Ouest, mais rien pour celui vers le N-.B. J’imagine que politiquement, le Québec a une meilleure écoute à Ottawa et que la voix des opposants du Québec a plus de pouvoir que celle de la Colombie-Britannique.

M. Trudeau parle d’un projet d’intérêt national pour le pipeline vers l’Ouest, mais semble se foutre royalement de la population des Maritimes qui l’a pourtant appuyé à 100%. Il semble évident que la notion d’intérêt national s’arrête au Québec et que les Maritimes sont une fois de plus ignorées.
Où sont nos représentants fédéraux? Est-ce qu’ils partagent la pensée de Donald Arseneault quand il dit que le N.-B. aurait pu en faire plus pour sauver le projet de pipeline vers l’Est canadien?

Selon le Parti conservateur fédéral, «les contribuables canadiens vont devoir payer 4,5 milliards $ à cause du manque de leadership du premier ministre Justin Trudeau. Ce sont 4,5 milliards $ afin d’acheter un pipeline déjà existant d’une compagnie américaine. Ce sont 4,5 milliards $ qui n’incluent ni l’expansion de l’oléoduc ni la création de nouveaux emplois». Selon le NDP, «des champions de l’environnement n’achètent pas un oléoduc. Des champions de l’environnement, ça ne choisit pas de faire assumer aux contribuables les risques financiers et environnementaux d’un oléoduc».

On se souviendra qu’au début des années 1970, le papa de bébé Justin avait lui aussi créé la controverse en nationalisant Petro Canada afin de calmer la population qui subissait des prix de pétrole autour de 100$ le baril. Là aussi, la décision était politique et impliquait l’argent des contribuables. Le secteur privé a l’habitude de faire son travail, à moins d’être nerveux en raison des réglementations qui changent au gré du vent.
Les beaux sourires et les selfies de Justin Trudeau perdent chaque jour de leurs attraits. Les institutions religieuses ne reconnaissent plus le petit Enfant Jésus qui faisait une campagne politique contre le diable Harper si bien promu par nos médias nationaux. Ses compétences en théâtre et en cannabis sont reconnues, toutefois le pays a besoin de leadership.