Les coupables doivent écoper

Si vous suivez un tant soit peu l’affaire Bertrand Charest, cet entraîneur québécois de ski reconnu coupable en 2017 de 37 – oui, 37! – chefs d’inconduite et d’agressions sexuelles sur neuf de ses athlètes d’âge mineur, vous ne pouvez que saluer le courage des victimes qui ont accepté de raconter leur cauchemar à visages découverts.

Cela n’a certainement pas été facile. Revenir sur ces événements traumatisants, posés par une personne qui a malheureusement profité de son autorité et de son pouvoir, a assurément demandé une profonde réflexion. Écorchées par ce comportement déviant pour le reste de leurs vies, ces jeunes femmes ont fait preuve d’une résilience hors du commun.

Bien entendu, l’histoire est horrible. Elle l’est encore davantage quand on sait que des parents étaient au courant de ce qui se passait pendant les presque 10 années qu’ont duré ces agressions, mais qu’ils ont préféré garder le silence. Dans un sens, ils sont tout aussi coupables. Et même plus.

Que dire alors de Canada Alpin, la fédération nationale, qui aurait tenté de museler les victimes «afin de ne pas nuire à leurs carrières», devenant du coup un complice direct d’un acte criminel. C’est méprisable.

Certes, les entraîneurs et les bénévoles qui sont pris la main dans le pantalon des autres n’ont droit à aucune sympathie de notre part. Qu’ils fassent face à la justice n’est qu’un juste retour du balancier. Ils abusent de leurs postes d’autorité afin d’assouvir leurs bas instincts auprès d’enfants et d’adolescents. Du coup, ils ruinent de jeunes vies, pour qui le sport devait être une source d’apprentissage et de dépassement, et non une honte.

Aujourd’hui, ces mêmes jeunes femmes exigent des fédérations sportives provinciales et nationales qu’elles montrent pattes blanches en matière de comportement et qu’elles se munissent de protocoles de prévention et de protection. Sinon, elles ne recevront aucune subvention de la part des gouvernements, poursuivent-elles, en espérant que leur message sera entendu.

Nos gouvernements doivent saisir la balle au bond.

Les histoires sordides d’inconduite et d’agressions sexuelles sur de jeunes athlètes ont trop longtemps entaché le milieu sportif local, provincial et national. Si la situation s’est nettement améliorée depuis quelques années, il n’en demeure pas moins que ces épisodes monstrueux surgissent encore de temps à autre. Chaque fois, c’est dégoûtant.

Ces scandales font en sorte que nous perdons la confiance dans nos structures sportives parce qu’un individu n’a pas été capable de contrôler ses pulsions sexuelles. Parce qu’une organisation n’a pas su détecter à temps le mal qu’une personne mal intentionnée peut causer. Parce qu’un groupe a malheureusement essayé de camoufler la vérité sous une tonne de neige en s’en prenant à la crédibilité et «aux espoirs de carrière» des jeunes victimes. La neige a fini par fondre.

Ces organisations sont imputables de protéger nos jeunes physiquement et moralement dans la pratique d’un sport.

Nous devons être vigilants là-dessus. Nos organisations ne doivent pas accorder leur confiance absolue au premier venu, par peur qu’il n’y ait personne d’autre pour occuper un poste d’autorité. Elles doivent faire leur devoir, notamment en adoptant des règles strictes et sévères, sans aucune ambiguïté, concernant la prévention et la protection de nos jeunes. Quitte à leur couper la totalité de leurs vivres provenant des gouvernement en cas d’échec.

Car de tels crimes, qui brisent la jeunesse et le sport, ne doivent jamais demeurés impunis. Tous les coupables doivent écoper.