Culture de peur

Mélanie CôtéChroniques

«Notre liberté est menacée par le besoin de sécurité et la sécurité elle-même est menacée par le souci obsédant qu’on en a.» – Norbert Bensaïd

Automne 2009. Voilà le moment où j’ai compris la «culture de la peur» dans laquelle baigne notre société. La fameuse grippe H1N1 avait jailli, puis elle était virale – dans tous les sens du terme. Des discours alarmistes au sujet de cette pandémie étaient omniprésents. J’étais enceinte, mon fils avait un an et ma fille avait deux ans. Je suis devenue une maman ourse, nous protégeant de tout microbe.

Angoissée, je devais décider si nous allions faire la queue – la queue de la peur – dans des centres communautaires, pris d’assaut par la Santé publique: on nous offrait des injections qui permettraient à nos corps de fabriquer de petits soldats. Une partie de moi savait instinctivement que nos corps n’avaient que faire de cette campagne de vaccination; or, j’entendais qu’éviter cette voie nous mènerait tout droit au cataclysme. Hélas, j’y ai cru.

Au bout du compte, une apocalypse n’a pas été déclenchée. Tant s’en faut. Une amie m’avait pourtant exposé la culture de la peur et l’importance de m’y soustraire – mais j’avais été trop affolée pour l’écouter. (Je t’écoute maintenant chère amie.)

Prenez garde au poulet

En ouvrant mon portable pour taper cette chronique, je lis un titre sur internet ressemblant à ceci: «Rincer du poulet cru peut être fatal!» Une parfaite illustration de la culture de la peur, d’une culture qui nous assiège.

Nous avons créé cette «culture de la peur» dans le but de nous protéger davantage et de nous sentir toujours plus en sécurité. Je pense que l’effet contraire s’est produit. Je ne verrouillais pas la porte chez nous lorsque j’étais jeune. Même pas la nuit. Y avait-il moins de vols que maintenant? Non. Mais nous cultivions le sentiment de sécurité intérieure. À bien y penser, cultiver cette sécurité était plus facile lorsque nos poches étaient dépourvues d’appareils nous informant, instantanément, de toute mauvaise nouvelle au niveau mondial…

Gardner, un auteur qui écrit sur l’obsession du risque et de la sécurité en Amérique du Nord, évoque un grand paradoxe de notre époque: le monde n’est pas plus dangereux qu’il l’était auparavant mais nous nous préoccupons plus que jamais. Au sujet de nos enfants, il écrit: «Les enfants passent presque tout leur temps à l’abri de portes verrouillées et de systèmes d’alarme, et tout ce qu’ils font est encadré, supervisé et contrôlé. Sont-ils plus en sécurité pour autant? Probablement pas. L’obésité, le diabète et les autres problèmes de santé résultant de l’inactivité physique sont autrement plus dangereux pour les enfants que les spectres qui hantent l’imagination de leurs parents.» 1

Rinçons notre poulet!

1 Gardner, D. (2009). Risque. Montréal: Les Éditions Logiques, p.26.

Défi de la semaine

Voyez-vous du risque partout? Est-ce qu’un monde sans police d’assurance pour vol d’identité est inimaginable pour vous? Sachez que vous protéger sans fin comporte aussi des risques. Vous risquez de devenir plus stressé(e), plus rigide, plus anxieux(se), etc. Investissez plutôt votre énergie dans votre confiance, en toute assurance. Accueillez la sensation de liberté.