Debbie Ocean 8: une coche en-dessous de son grand frère

La comparaison était inévitable. Malheureusement, elle n’est pas à la faveur d’Ocean’s 8, un film qui est inférieur – à presque tous les niveaux – à son grand frère, Ocean’s Eleven (2001). L’oeuvre demeure tout de même un bon divertissement, qui devrait particulièrement plaire aux femmes.

Tout d’abord, un petit retour dans le temps, en 2001 pour être plus précis. À une époque où les films à grand déploiement étaient moins nombreux, mais surtout, beaucoup moins coûteux à produire.

Ocean’s Eleven, du réalisateur Steven Soderbergh, a en quelque sorte changé le cinéma de groupe pour toujours, en réunissant dans le même film plusieurs grandissimes vedettes comme George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia, Casey Affleck et Julia Roberts.

À l’époque, on parlait de la distribution la plus glamour jamais assemblée.

(Je vous mets au défi de me citer un film qui a fait mieux depuis…)

Ocean’s Eleven – qui racontait les efforts d’une équipe de voleurs pour cambrioler un casino –  a été un succès critique (82% selon Rotten Tomatoes) et commercial (des recettes mondiales de près d’un demi-milliard; pour un budget de 85 millions $).

Deux rapidement oubliables suites ont vu le jour (en 2004 et 2007), ce qui nous amène à aujourd’hui, alors que le concept est relancé, cette fois, avec une bande de malfrats exclusivement féminine.

Le vol du siècle

Tout juste sortie de prison, Debbie Ocean (Sandra Bullock) n’a pas l’intention de marcher dans le droit chemin.

Aidée de son amie Lou (Cate Blanchett), Debbie recrute une petite équipe afin de commettre le vol du siècle.

Leur objectif: dérober un collier en diamants valant 150 millions $ lors de l’événement mondain le plus chic de l’année: le gala du Musée des arts de New York.

Après quelques semaines de préparation et d’entraînement, la petite bande est prête à commettre son méfait. Ses membres iront toutefois de surprise en surprise…

Une coche en-dessous

Il est évident qu’Ocean’s 8 a essayer d’emprunter le plus d’éléments possible à Ocean’s 11.

On sent, par exemple, que le réalisateur Gary Ross a tenté d’insuffler à son oeuvre l’humour pince-sans-rire qui a fait du film de 2001 un classique instantané. Le résultat est cependant mitigé. L’humour est là, mais manque un peu de finesse. Et de rythme.

Malgré leur grand talent, Bullock et Blanchett n’ont pas non plus l’extraordinaire chimie et l’aura de «gentils cambrioleurs» qu’affichaient Clooney et Pitt dans l’oeuvre originale.

Bullock se défend, mais le personnage de Blanchett est cruellement sous-développé. Et l’Australienne n’a pas le dixième du charisme de Brad Pitt.

Si on compare les deux cambriolages, force est d’admettre que celui réalisé par Danny Ocean et sa bande était plus crédible. Il était aussi parsemé de beaucoup plus de surprises.

En comparaison, celui de l’équipe de Debbie ressemble à un long fleuve tranquille. Oh, les scénaristes nous lancent bien deux petites balles courbes vers la fin, mais rien qui se compare à l’inoubliable finale d’Ocean’s 11.

De belles qualités

Reste qu’en lui même, Ocean’s 8 est un film qui n’est pas dénudé de qualités.

Je me suis surpris à sourire à quelques reprises devant l’ingéniosité démontrée par la bande à Debbie (et surtout Debbie elle-même) pour parvenir à ses fins.

Les huit comédiennes principales font de plus un excellent boulot – même si j’avoue que j’aurais pris une Bullock un peu plus démonstrative et beaucoup moins rembrunie.

Anne Hathaway – que l’on voit malheureusement de moins en moins souvent – est excellente, particulièrement dans la dernière demi-heure.

La chanteuse Rihanna montre de son côté une aisance comique que je ne lui aurais jamais soupçonnée.

Au final, Ocean’s 8 est un divertissement potable. À l’instar du vol de Debbie, l’exécution est sans faille. Il manque juste cette petite touche d’audace et d’originalité qui en aurait fait plus qu’un simple bon film.

La mode des changements de genre

C’est de plus en plus la mode à Hollywood: des concepts à succès sont repris, mais en remplaçant les têtes d’affiche par une distribution presque exclusivement féminine.

On l’a vu il y a deux étés avec Ghostbuster. On le voit maintenant avec Ocean’s 8. Et on pourrait le revoir bientôt dans une adaptation féminine de The Expendables.

Au risque de m’attirer les foudres des féministes, cette tendance me dérange. Pas parce que je n’aime pas voir des femmes marcher dans les traces des hommes, mais bien parce que ce type de films ne sert qu’à mettre qu’un baume sur les graves inégalités de genre qui sévissent à Hollywood.

C’est bien connu, les vedettes masculines du grand écran gagnent énormément plus d’argent que leur pendant féminin. Et, pour chaque femme qui est réalisatrice ou productrice, on retrouve neuf hommes dans le même poste, selon une récente étude.

Je comprends les bonzes de Hollywood de vouloir se donner bonne conscience en lançant des films exclusivement féminins comme Ocean’s 8.

La réalité, c’est que chaque fois que ce genre de véhicule féminin est lancé, il reprend un concept qui a d’abord mis en vedette des hommes. Et les femmes – que ce soit à Hollywood ou dans les salles de cinéma – méritent beaucoup mieux.

L’industrie devrait plutôt consacrer temps, réflexions, énergie et argent à atteindre l’égalité réelle. Parce que pour chaque Ocean’s 8, le public devrait avoir droit à dix Wonder Woman (2017) ou dix The Hunger Games (2012), des films qui  font véritablement avancer la cause des femmes à Hollywood. Pas seulement leur donner une tribune.

FICHE TECHNIQUE: DEBBIE OCEAN 8

  • Version originale: Ocean’s 8
  • Genre: comédie criminelle
  • Budget: non dévoilé
  • Durée: 110 minutes
  • Une production des studios: Village Roadshow Pictures
  • Réalisateur: Gary Ross
  • Scénario: Gary Ross et Olivia Milch
  • Avec: Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway et Rihana
  • Partage l’ADN de: Ocean’s Eleven (2001), Ocean’s Twelve (2004) et Ghostbuster (2016)
  • On aime: la qualité du scénario, le jeu des comédiennes et la musique
  • On aime moins: que le film manque un peu d’audace et d’humour comparé à Ocean’s Eleven
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   3
    • Qualités visuelles:      3
    • Jeu des comédiens:      4
    • Originalité:    3
    • Divertissement: 3
    • Total: 17 sur 25