Incredibles 2: parfois spectaculaire, rarement incroyable

Patrice CôtéChroniques

À sa sortie en 2004, The Incredibles s’est hissé au rang des meilleurs films de superhéros de l’histoire. C’était bien sûr avant la trilogie Dark Knight et que Marvel nous martèle de deux opus par année. La suite nous arrive 14 ans plus tard et force est de constater que même les génies de Pixar sont incapables d’injecter une dose d’originalité au genre.

Si Incredibles 2 (Les Incroyable 2 en français) a mis tant de temps à venir au monde, c’est que le réalisateur et scénariste du volet original, Brad Bird (Ratatouille, The Iron Giant), souhaitait se donner le temps d’écrire une histoire qui «vaille la peine d’être racontée» et de tourner un film «qui serait supérieur au premier».

C’est tout à l’honneur du cinéaste. Parce qu’on se doute qu’après que l’original ait remporté deux oscars et réalisé des recettes de 633 millions $ (soit plus de 900 millions $ en argent d’aujourd’hui), les pressions ont dû être extrêmement fortes pour qu’une suite soit immédiatement mise en chantier.

Bird a donc pris son temps. Le hic, c’est que le cinéma (et la télévision) de super-héros a envahi (pour ne pas dire englouti) nos vies avec une intensité que personne ne pouvait prévoir.

Depuis la sortie de The Incredibles il y a 14 ans, à eux seuls, les très prolifiques studios Marvel nous ont offert 19 films et 20 saisons de télévision.

Bird aurait pu prendre tout le temps du monde pour écrire et réaliser The Incredibles 2, il n’aurait pas pu échapper à la fatigue dont le genre souffre depuis déjà malheureusement plusieurs années.

Innover devient presque impossible.

Le résultat est un film long, très prévisible, spectaculaire par moment, mais rarement incroyable.

Objectif: légalité

Les cinq membres de la famille Parr disposent de pouvoirs extraordinaires. Mais impossible pour eux de les utiliser à bon escient puisque, dans leur monde, les superhéros sont des hors-la-loi.

Un état de fait qui est loin de satisfaire Winston Deavor, un magnat des communications qui souhaite redonner aux héros leurs lettres de noblesse.

Il embauche donc la mère du clan Parr, Helen, alias Elastigirl.

Deavor souhaite qu’à coups de petits exploits et de grand battage médiatique, l’opinion des politiciens change et qu’ils réalisent les avantages d’une société protégée par des héros aux super pouvoirs.

Lentement, mais sûrement, l’opération porte ses fruits.

Jusqu’au jour où un méchant du nom de Screenslaver parvient à hyptoniser et à contrôler certains des héros les plus puissants de la planète, dont Elastigirl et son mari, Mr. Incredible.

Qui pourra sauver la réputation des héros avant que ceux-ci retombent à nouveau du mauvais côté de l’opinion publique?

Magnifique et spectaculaire

The Incredibles 2 étant un film des studios Disney-Pixar, la qualité des images et la puissance du récit sont assurés.

De la cinématographie, que dire de plus que «wow!».

Elle est particulièrement spectaculaire dans les scènes d’action, quand les héros ont recours à leurs pouvoirs.

Que le film soit tourné en animation – et non avec des comédiens et des effets spéciaux – décuple les possibilités d’innovation et d’éblouissement. Et Bird en tire généreusement profit.

La scène qui m’a le plus plu est une bagarre surréelle entre le bébé Jack-Jack et… un raton laveur. Drôle, sensationnel et épique, bref, comme l’ensemble du film aurait pu et dû l’être.

Prévisible et long

La triste réalité, c’est que cette scène – et quelques autres, je l’admets – n’est qu’un rare moment fort au sein d’un scénario pompeux qui regorge de longueurs.

Le cinéaste Bird avait promis dans la longue attente vers la suite de The Incredibles qu’il ferait un film de superhéros qui irait plus loin que la succession de scènes d’action.

Il a tenu promesse. Le problème, c’est qu’en voulant donner à son film un peu de profondeur, il nous offre une succession de scènes franchement inutiles, reléguant même son personnage principal, Mr. Incredible, au rang d’inapte père au foyer.

Quel enfant se rend au cinéma pour voir un superhéros tenter de réconforter son adolescente ou enseigner les fractions à son fils?

Il est vrai que ce genre de scène nous sort des sentiers battus. Mais elles sont aussi un bel écran de fumée derrière lequel se cache une aventure de héros en cruel manque d’inspiration et d’originalité.

La preuve: j’ai deviné l’identité du méchant ainsi que ses motivations alors qu’il restait encore plus de 90 minutes à faire à l’oeuvre.

Trop de distractions et pas assez d’action. Voilà à quoi se résume The Incredibles 2.

FICHE TECHNIQUE: INCREDIBLES 2

  • Version française: Les Incroyable 2
  • Genre: film d’animation
  • Budget: non dévoilé
  • Durée: 118 minutes
  • Une production des studios: Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures
  • Réalisateur: Brad Bird
  • Scénario: Brad Bird
  • Avec les voix (en version anglaise): Craig T. Nelson, Holly Hunter et Catherine Keener
  • Partage l’ADN de: Tomorrow Never Dies (1997), The Incredible (2004) et Despicable Me 3 (2017).
  • On aime: les spectaculaire scènes d’action
  • On aime moins: trop de longueurs et trop long pour un film familial
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:    3
    • Qualités visuelles:      5
    • Jeu des comédiens:      3
    • Originalité:    3
    • Divertissement:     3
    • Total: 17 sur 25

Pixar – au box office mondial

  • 1) Toy Story 3 (2010) 1066 M$
  • 2) Finding Dory (2016) 1028 M$
  • 3) Finding Nemo (2003) 940 M$
  • 4) Insidre Out (2015) 858 M$
  • 5) Coco (2017) 807 M$
  • 6) Monsters University (2013) 744 M$
  • 7) Up (2009) 735 M$
  • 8) The Incredibles (2004) 633 M$
  • 9) Ratatouille (2007) 620 M$
  • 10) Monsters Inc. (2001) 577 M$
  • 11) Car 2 (2011) 562 M$
  • 12) Brave (2012) 540 M$