La SANB: une forteresse

Faites brûler un lampion: la Société de l’Acadie du Niou-Brunswick a survécu à son assemblée générale annuelle! Elle s’est même donné un nouveau président, Robert Melanson, qui ne manque pas de panache et connaît bien la SANB et la réalité française provinciale. Bravo!

Artiste et ancien libraire, c’est un oiseau rare plutôt bien articulé qui s’installe au gouvernail de cet organisme maintenu en rade depuis les dernières années pour cause de querelles internes aussi navrantes que stériles.

D’entrée de jeu, le nouveau président a bien étalé ses couleurs: «Je suis là pour me battre et ne rien laisser passer. L’égalité, c’est l’égalité, a-t-il affirmé, ce n’est pas “à peu près” l’égalité. Je veux travailler dans la collégialité, le consensus et le respect. La chicane à la SANB est chose du passé et je veux que tout le monde revienne au bercail.»

Parmi ses priorités, il cite notamment la gouvernance, la reconnaissance de la spécificité de la province dans la Loi sur les langues officielles, le dossier de l’examen controversé des infirmières francophones et le retour de l’extra-mural au public.

Ne mâchant pas ses mots, il a déploré le fait «qu’on a élu le gouvernement avec le plus grand nombre d’Acadiens, et la plus grande perte qu’on a subie sur la gouvernance et les droits linguistiques, c’est avec ce gouvernement-là. C’est un gouvernement qui refuse de rencontrer la SANB et ça, c’est inacceptable.»

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Il est loin le temps où lorsque la SANB parlait, c’est le tonnerre qu’on entendait. Il est loin le temps où des citoyens se mobilisaient en chair et en os autour d’enjeux qui avaient une résonance à la fois personnelle et collective pour eux. Au début, c’était surtout la défense des droits linguistiques qui prévalait. Ce qui portait atteinte à la réalité française du voisin était perçu comme une atteinte à tous.

Et puis, l’Acadie a «évolué». Grâce au militantisme de la SANB, et grâce au développement associatif et institutionnel acadien, l’Acadie s’est petit à petit sentie plus sûre d’elle-même, et plus confiante dans ses associations et institutions.

Jusqu’à…

Jusqu’à quel moment, exactement? Que s’est-il passé au juste en Acadie pour qu’elle s’abandonne petit à petit à une forme d’indifférence? Est-ce parce que la protection constitutionnelle et provinciale de ses droits linguistiques a agi comme un baume sur les cicatrices récalcitrantes de son passé tragique?

A-t-elle succombé aux chants des sirènes politiques qui abusent d’elles depuis vingt ans, appuyées en cela par une coterie élitiste, fidèle héritière de la Patente, qui a appris à louvoyer entre le secret des connivences et les miroirs détamés de la transparence?

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Quoi qu’il en soit, force est d’admettre qu’en 2018 certains anciens militants ne ressentent pas dans la communauté acadienne cette ferveur ardente qui animait, dans les années 1970-1980, les citoyens, les associations et les institutions acadiennes vis-à-vis du fait français, sans oublier l’action de politiciens qui marquèrent cette génération par leur engagement viscéral envers le peuple acadien.

Certes, l’engagement communautaire n’est pas mort. Il s’est transformé. Les questions de langue-au-quotidien, bien que toujours présentes, sont souvent remplacées dans l’actualité par des préoccupations environnementales et de santé publique qui mobilisent énormément de citoyens. Et c’est très bien.

Mais il ne faut pas gratter bien creux pour constater que bon nombre de dossiers publics restent liés, directement ou non, au fait français. Qu’on pense à la privatisation des soins extra-muraux, au bilinguisme dans les services ambulanciers, dans les autobus scolaires, dans les garderies et maternelles, à l’affichage municipal et commercial, aux examens en français des infirmières, à l’immigration francophone…

Toutefois, il semble que le renouveau tous azimuts soit de mise à la «nouvelle» SANB. Le nouveau conseil d’administration est plus diversifié et, de l’avis satisfait de plusieurs, les jeunes étaient plus nombreux que d’habitude aux assises de la fin de semaine dernière.

Il y a lieu de s’en réjouir et de souhaiter qu’après les turbulences récentes, l’organisme retrouve un élan positif et progressiste lui permettant de reprendre dans l’actualité acadienne la place privilégiée qu’elle y a longtemps occupée et qui se justifie encore plus, ces temps-ci, alors que les droits linguistiques des francophones sont contestés de part et d’autre, sous les yeux éteints d’un gouvernement dont l’apathie linguistique déçoit énormément et inquiète encore plus.

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Les élections provinciales approchent. Le moment ne peut pas être mieux choisi pour faire comprendre aux formations politiques qui viendront faire des mamours aux Acadiens, aux Brayons et autres francophones de la province que le temps des beaux yeux est passé et que l’heure est au bilan.

Qui a dit quoi? Qui a fait quoi? Qui s’est tourné les pouces? Qui a proféré des âneries? Qui s’est caché derrière les rideaux? Qui a menti? Les responsables et les représentants de ces formations politiques ont des comptes à rendre. Heureusement pour tout le monde, la SANB est bien placée pour leur donner l’heure juste, pour peu qu’elle le fasse avec équité et fermeté.

Car c’est bien beau de vouloir toujours comprendre, tolérer, chercher la bonne entente, faire plaisir et viser le dialogue, mais encore faut-il savoir se tenir debout, arrêter de se faire manger la laine sur le dos et refuser de se fendre en quatre pour neutraliser des préjugés ignorants.

C’est pourquoi il y a encore et toujours une place pour une SANB solide, créative, revendicatrice et fructueuse. J’ai confiance que l’élection de Robert Melanson signe la fin de la récréation pour les gouvernements mollassons en ce qui a trait au respect dû aux francophones de la province.

En Amérique du Nord, ou ailleurs, défendre le fait français n’est pas ringard quoiqu’on puisse en penser. C’est une question d’égalité, de justice, de dignité et de liberté, des principes essentiels qui servent d’assises à la réalité dans laquelle s’inscrit l’Acadie.

Et c’est justement pour être la forteresse de cette réalité française que la SANB a été fondée. Au travail!

Han, Madame?