Une concurrence déloyale?

À l’Acadie Nouvelle, nous n’avons pas peur de sortir des sentiers battus quand ça concerne les grands enjeux sportifs. Nous n’avons pas peur non plus de prendre position en faveur ou contre une situation particulière. Nous offrons également une tribune à ceux et à celles qui osent ébranler les colonnes du temple du sport acadien.

En parlant de temple, on l’a vu récemment concernant le Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick, qui continue de bouder des candidats pourtant évidents tels le kick-boxeur Jean-Yves Thériault ou encore l’olympien Joël Bourgeois. Un non-sens, à notre avis.

Et que dire des projets de sports-art-études qui peinent à voir le jour dans nos écoles secondaires, en raison d’un gouvernement incapable de comprendre que cette association n’apporte que du positif auprès de nos jeunes élèves francophones et anglophones. Ça aussi, c’est à se gratter le coco.

Cette semaine, dans le dossier étoffé du collègue Stéphane Paquette concernant nos hockeyeurs acadiens dans la LNH, nous n’avons pas dit que tout est beau. Parce que ce n’est pas le cas. Il y a peu d’appelés, mais encore moins d’élus. C’est désolant.

Parmi les commentaires éclairants de nos intervenants, il y a eu celui du directeur général du Titan d’Acadie-Bathurst, Sylvain Couturier. En gros, il regrette le fait que de nombreux jeunes joueurs de talent aient préféré la proximité sportive et sociale du hockey scolaire à l’inconnu et le défi du hockey de développement élite, tout en prenant la peine d’ajouter que le portrait est en train de changer. Heureusement, d’ailleurs.

Le défenseur Lukas Cormier est allé porter l’uniforme des Flyers midget AAA de Moncton et cela lui a permis d’être repêché troisième au premier tour par les Islanders de Charlottetown. Alexandre David, de Pigeon Hill, a préféré jouer en Ontario et cela lui a valu une sélection en deuxième ronde par le Titan d’Acadie-Bathurst. Évidemment, le cas de Luc Bourdon est probablement le plus bel exemple: il est allé jouer à Miramichi avant de se retrouver à Val-d’Or – c’est loin de Shippagan en titi – pour aboutir chez les Canucks de Vancouver, où il a malheureusement connu une trop courte carrière.

Ils n’ont pas choisi la «voie facile» pour atteindre leurs objectifs.

Car la véritable question est la suivante: le hockey scolaire est-il un concurrent déloyal au hockey élite au Nouveau-Brunswick?

Certes, il est vrai que plusieurs joueurs ont choisi d’aller évoluer dans une formation scolaire parce qu’ils sont avec leurs amis, demeurent chez papa et maman et obtiennent un rôle de premier plan dans cette équipe qu’on peut qualifier de récréative. Il est vrai aussi que s’imposer un entraînement rigoureux, déménager dans des villes éloignées du domicile familial et débourser des sommes considérables – car le hockey coûte très cher, est-il besoin de le rappeler – n’est pas imprégné dans l’ADN de tout jeune.

Dans le fond, peut-on les blâmer? Ils veulent s’amuser, être le «roi du village plutôt qu’un valet dans la ville», obtenir l’attention sans que ça demande de les sortir de leur zone de confort. Qui ne voudrait pas ça?

Alors, comment corriger la situation? Comment faire en sorte que nos meilleurs talents soient davantage tentés par le niveau de développement élite? Là-dessus, Hockey Nouveau-Brunswick a un gros travail à faire, en dénichant des formules et des stratégies plus attrayantes pour nos jeunes qui ont la capacité de faire un bon bout de chemin dans le hockey d’élite.

Nous ne sommes pas contre le hockey scolaire. Nos écoles effectuent un travail de moine à offrir ce divertissement à leurs élèves, avec l’aide de bénévoles dévoués. Mais nous devons aussi faire en sorte que nos meilleurs éléments obtiennent la meilleure vitrine pour se mettre en valeur. Et cette vitrine, ça demeure le hockey élite, n’en déplaise au hockey scolaire.