Jurassic World – Fallen Kingdom: bon, sans plus

Patrice CôtéChroniques

Un mois après son lancement en Europe et avant même sa sortie en Amérique du Nord, Jurassic World: Fallen Kingdom, figure déjà parmi les dix films les plus vus de l’année. Est-ce un bon film pour autant? La réponse est oui. Mais avec plusieurs bémols.

Dans l’histoire moderne du cinéma, bien peu de films ont eu autant d’impact que Jurassic Park (1993).

Non seulement l’oeuvre de Steven Spielberg a-t-elle remis les dinosaures au goût du jour, elle a révolutionné les effets spéciaux en plus de redéfinir le cinéma à grand déploiement.

Deux suites très moyennes ont suivi (en 1997 et en 2001), avant que la franchise s’éteigne – du moins, croyait-on.

À l’instar des dinosaures dont elle raconte l’histoire, la série est revenue à la vie en 2015 avec le très bien accueilli Jurassic World – un film qui reprend la mythologie du classique de 1993, mais qui introduit de nouveaux personnages.

Jurassic World: Fallen Kingdom (en salle depuis vendredi) est le deuxième volet d’une nouvelle trilogie qui se conclura dans trois ou quatre ans.

Après avoir écrit et réalisé Jurassic World, le cinéaste Colin Trevorrow signe à nouveau le scénario. Il a toutefois laissé la direction du plateau à l’Espagnol J.A Bayona.

Le résultat final est un film qui en met plein la vue, mais qui n’apporte vraiment pas grand-chose de nouveau à la franchise.

Dinos en danger

Trois ans après les événements de Jurassic World, les dinosaures d’Isla Nublar sont (encore!) en danger d’extinction en raison de l’activité volcanique qui secoue l’île.

La planète est divisée: doit-on ou non secourir ces rares créatures?

L’aide viendra finalement d’une fondation mise sur pied par le défunt créateur du Parc Jurassique, John Hammond.

Les héritiers d’Hammond souhaitent transporter onze espèces de dinosaures dans un sanctuaire, loin de toute activité humaine.

À l’insu de tout le monde, le gestionnaire de la fondation a toutefois d’autres plans: vendre les dinos et leur précieux ADN aux plus offrants.

Les animaux rescapés sont donc transportés sur la côte californienne pour être mis à l’encan. Et comme l’avait prédit le scientifique Ian Malcolm dans l’épisode original: le chaos s’installe très rapidement…

Nouveau… et pas

Ce qu’il y a d’intéressant avec Fallen Kingdom, c’est qu’il essaie de modifier la formule classique qui est au coeur de l’ADN de la franchise.

Si les 45 premières minutes se déroulent sur Isla Nublar et que les périls auxquels font face nos héros n’ont rien d’original – outre la pluie de lave -, l’oeuvre se transporte ensuite dans un environnement inattendu.

Ce qui était un film catastrophe se transforme alors en oeuvre qui allie suspense et horreur – deux genres dans lesquels Bayona excelle, comme en témoignent les classiques The Orphanage (2007) et The Impossible (2012).

Une approche différente, certes, mais qui aura un air de déjà vu pour les fanatiques du film original – rappelez-vous les claustrophobiques scènes qui se déroulent à l’intérieur du pavillon central du Parc Jurassique.

Encore plus gênant: le gros vilain du film est, comme dans l’épisode précédent, un dinosaure issu du croisement entre un raptor et un T-Rex – que l’on voit incidemment beaucoup trop peu en action.

Trevorrow et Bayona tentent d’ajouter un peu de profondeur à leur oeuvre en abordant quelques thèmes comme les dangers de la science, les droits des animaux et l’épineuse question de l’équilibre entre environnement et économie.

Le hic, c’est que leur message est plus ou moins clair, pas assez développé et n’ajoute à peu près rien qui n’a pas été dit dans les épisodes précédents ou dans d’autres films du genre comme La Planète des singes.

Magnifique et excitant

Mais bon, personne ne va voir Jurassic Park (ou World, dans ce cas-ci) pour se faire donner une leçon d’éthique animale.

Le public veut des dinos affamés aux dents longues. Et à ce niveau, Fallen Kingdom livre la marchandise – mais un peu moins que son prédécesseur, à mon humble avis.

La deuxième demi-heure est une longue et haletante séquence d’action. Dans la dernière heure, l’action est moins présente, laissant place au suspense – mais aussi à quelques attaques sanglantes.

S’il est un domaine où Fallen Kingdom est supérieur à Jurassic World, c’est au niveau de la composition des images.

Bayona est beaucoup plus créatif que Trevorrow avec sa caméra. On s’émerveille devant sa capacité à créer des images qui, par leur originalité et leur impact, risquent de survivre au passage du temps.

En ce sens, il est le digne successeur de Steven Spielberg, qui, souvenez-vous, avait conclu Jurassic Park sur une séquence devenue classique: une banderole proclamant «Ils règnent sur la planète» tombant devant un T-Rex rugissant.

Bref, à l’instar du plus méchant dinosaure du film, Fallen Kingdom est l’hybride d’un croisement entre Jurassic World et Jurassic Park qui est inférieur au matériel dont il emprunte l’ADN.

FICHE TECHNIQUE: JURASSIC WORLD: FALLEN KINGDOM

  • Version française: Monde jurassique: Le royaume déchu
  • Genre: science-fiction/action
  • Budget: estimé à 170 millions $
  • Durée: 128 minutes
  • Une production des studios: Universal Pictures
  • Réalisateur: J.A. Bayona
  • Scénario: Derek Connolly et Colin Trevorrow
  • Avec: Chris Pratt et Bryce Dallas Howard
  • Partage l’ADN de: Planet of the Apes (1968), Jurassic Park (1993) et Jurassic World (2015)
  • On aime: les scènes d’action et la qualité des images
  • On aime moins: la constante impression de déjà-vu
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   2
    • Qualités visuelles:      5
    • Jeu des comédiens:     3
    • Originalité:    3
    • Divertissement:   4
    • Total: 17 sur 25

Le cinéma jurassique (du meilleur au pire)

  1. Jurassic Park (1993)
  2. Jurassic World (2015)
  3. Jurassic World: Fallen Kingdom (2018)
  4. The Lost World: Jurassic Park (1997)
  5. Jurassic Park III (2001)