Un instant!

Je suis profondément attristée par l’incendie qui a détruit la belle, la digne, église de Bas-Caraquet. Les images de l’incendie m’étaient insoutenables, comme de voir un navire sombrer dans les flots. Pour ceux et celles qui s’étaient consacrés à sa sauvegarde, c’est un deuil tout aussi personnel que la perte d’un être cher.

La décence dicte qu’on donne aux gens éprouvés du temps pour faire leur deuil. Ici, on aurait pu attendre que les cendres refroidissent avant d’annoncer la suite. Mais non! Moins de 48 heures après le désastre, l’évêque disait qu’on démolirait pour construire une église neuve (mais modeste) et puis, pourquoi pas?, en utilisant quelques pierres de l’ancienne, en souvenir. L’évêque, soulagé de voir son problème enfin réglé, pensait-il «bien faire» en révélant ses plans longuement mûris depuis cinq ans? En termes de compassion, c’est raté!

Car l’église est encore là, sa structure de pierre défiant l’adversité. Aux experts de dire si la structure est solide ou non. S’il faut l’abattre, inclure quelques-unes de ses pierres dans la nouvelle construction est une bonne idée; mais si la structure de Nazaire Dugas, forte de ses quelque mille pierres neuves, demeure solide, ce serait insultant de l’abattre.

Ces ruines ont encore et toujours leur raison d’être: elles symbolisent un patrimoine précieux, la ferveur religieuse et le sens de communauté de sept générations d’Acadiens et d’Acadiennes de Bas-Caraquet, plus l’engagement de la Grande Acadie ces cinq dernières années.

S’il est possible de sauvegarder ce qui reste, pourquoi ne pas continuer à en faire le cœur du village? J’aimerais offrir au Comité de sauvegarde une idée: en Bretagne, se trouve l’Abbaye médiévale de Beauport. De sa chapelle, seuls les murs demeurent, mais en son sein pousse un merveilleux jardin où on sent pleinement l’esprit du lieu.

À Bas-Caraquet, imaginez des lierres grimpant le long des murs de l’église et à l’intérieur des carrés de fleurs, des allées de pierre et des bancs où les enfants pourraient venir à la rencontre des aîné(e)s qui vivent de l’autre côté de la rue?

Ainsi, les ruines pourraient continuer à «faire église» selon l’expression du Père Serge Comeau. Et c’est ce qu’on peut souhaiter de mieux pour honorer le village, les paroissiens et le Comité de sauvegarde de l’église de Bas-Caraquet.