Nouvelle perspective sur le cure-dent

Je suis en train de lire un livre passionnant au sujet de la ville de Londres et comment on y vit de nos jours. Il s’intitule simplement Londoners, par Craig Taylor.

L’auteur décortique pour nous les vibrations particulières de Londres, pointant ces mille et une petites choses qui accommodent ou déconcertent les citoyens, et qui déclenchent excitation ou désarroi chez les visiteurs. (Un robot linguistique invisible me signale que le mot excitement n’existe pas en français. Cela me surprend, mais le Robert est catégorique lui aussi: en français, il faut parler d’excitation.)

Le chapitre sur le logement fut particulièrement instructif en matière de relativité. Par exemple, certains Londo-niens choisissent de vivre dans des logements sans fenêtre, mais situés dans le cœur de la cité, afin d’éviter de longs trajets de transport en commun. Que des gens optent de vivre dans un logement sans aucune lumière naturelle, même celle souvent blafarde de Londres, non, je ne l’aurais jamais imaginé.

Il s’est écoulé environ trois minutes entre le moment où j’ai pris connaissance de l’existence de ce livre et son apparition dans ma machine, prêt pour la lecture. Plouf dans la tablette! Les livres sont là, voguent dans les airs, il suffit presque de lever le bras et de les attraper au passage. Je préfère quand même la lecture sur papier. Avec le papier, j’ai l’impression de mieux lire. Est-ce possible?

Oui, j’ai un peu délaissé mes lectures «littéraires». Après Moïra de Julien Green et Un Roi sans divertissement de Jean Giono, j’ai sauté par-dessus Aragon et Malraux pour ouvrir Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. J’en ai lu(es?) les cent premières pages et suis restée bouche bée.

J’ai par ailleurs retenu son explication de la différence entre le règne animal et le règne humain. Je résume à peu près: après son souper, le lion, roi du règne animal, reste assis là, pensant à comment améliorer le sort du règne animal tout en digérant tranquillement sa proie. L’être humain fait exactement la même chose, mais avec un cure-dent. Et cela s’appelle l’existentialisme. Le saviez-vous? Moi non plus.