La joie et l’allégresse

Serge ComeauChroniques

Il y a déjà cinq ans que le pape François guide l’Église. Cinq ans à parcourir les périphéries. Cinq ans à tenter de réformer la curie. Cinq ans à en émouvoir certains et à en décevoir d’autres. Cinq ans à exhorter, à enseigner et à instruire avec de nombreux textes, homélies, messages, etc.

Vous connaissez l’adage de Dolto: «Tout se joue avant cinq ans». S’il est vrai de le dire au sujet d’un pontificat, nous pouvons croire que ce qu’il voudra déployer au cours des prochaines années est déjà annoncé: la miséricorde, la joie de l’Évangile, l’authenticité du témoignage, etc. Son dernier thème en liste: la sainteté.

François a publié ce printemps, presque au 5e anniversaire de son élection comme évêque de Rome, une exhortation apostolique sur «la joie et l’allégresse». D’entrée de jeu, il précise qu’il ne s’agit pas d’un traité sur la sainteté avec des nombreuses définitions et distinctions. C’est plutôt un appel adressé à chacun dans son contexte particulier: devenir saint.

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François nous a habitués à des formules-chocs et à des expressions qui font comprendre facilement son propos. Parlant des saints, il dit que plusieurs vivent parmi nous; il peut s’agir de nos propres parents ou grands-parents, de nos voisins ou encore d’autres personnes proches. Pour les désigner, il parle des «saints de la porte d’à côté», ou encore de «la classe moyenne de la sainteté» (no 7).

La vie de ces gens n’a pas nécessairement été toujours parfaite, mais, «malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant» (no 3). Des liens mystérieux d’amour et de communion unissent ces saints de l’Église du ciel à celle de la terre. Ils servent de modèles encourageants pour traverser les nuits obscures de la vie.

Pour saisir l’appel à la sainteté, le pape rappelle que «chacun a sa voie». Il est inutile de chercher à emprunter le chemin d’un autre. Ou de chercher à imiter ce qui reste inaccessible pour certains. Il s’agit de vivre avec joie les engagements qui ont été pris un jour. Le désir semble suffire; l’Esprit poursuit ensuite l’œuvre de sanctification en partageant Sa puissance avec les fragilités humaines.

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Deux ennemis doivent être combattus pour arriver à la sainteté. En retournant à deux hérésies des premiers siècles de l’Église, François met en garde contre ces deux écueils.

Au début de l’Église, des gens croyaient qu’on ne pouvait atteindre Dieu que par la raison. Ces «gnostiques» accumulaient les connaissances et cherchaient à comprendre les mystères uniquement avec leur intelligence. Cette spiritualité désincarnée est condamnée par l’Église depuis les commencements. La vraie sagesse est celle qui s’accompagne des œuvres de miséricorde.

Une deuxième hérésie à avoir été combattue et qui refait surface est le pélagianisme. Selon cette doctrine, c’est la vie qu’on mène qui rend saint. Au lieu de l’intelligence, c’est ici la volonté qui devient gage de sainteté. Réfléchir ainsi, c’est oublier l’initiative de Dieu. Personne ne peut, par ses propres forces, s’élancer vers la sainteté.

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Pour baliser le chemin de la sainteté, François présente les béatitudes. À travers chacune d’elles, il montre que la sainteté va à contre-courant de ce qui est promu dans la société. Dans un monde où la force, la performance et l’autosuffisance sont glorifiées, les béatitudes valorisent la douceur, la paix, la miséricorde, la soif, la pureté du cœur. Ces valeurs sont appelées à transfigurer le monde de l’intérieur. La foi ne peut pas relever de la sphère privée: ce qui est fait pour les autres est essentiel.

L’ultime critère pour juger de la valeur des pratiques chrétiennes est celui de la charité. Reprenant l’enseignement des Écritures et des Pères de l’Église (notamment de Thomas d’Aquin), François rappelle que les œuvres de miséricorde valent plus que les actes de culte pour témoigner de l’amour de Dieu. Il invite à lire et relire les grands textes bibliques et les vies de saints pour saisir qu’avant les paroles, ce sont les œuvres qui importent.

La lecture de la vie de François d’Assise, Mère Teresa ou Jean Vanier, ce pourrait être un beau projet de vacances cet été. Ou encore l’histoire d’une âme de la petite Thérèse. Il y a sûrement de ces biographies sur un rayon près de chez-vous… au chalet ou à la bibliothèque.

Bonne lecture!