Une mine d’or?

Le sport professionnel est certainement une monstrueuse mine d’or dont on est encore très loin d’avoir extirpé tout le précieux métal. Il suffit de voir les millions de dollars – 173 millions $ CAN pour être précis – que le Juventus de Turin a acceptés de payer pour arracher au Real de Madrid un joueur vedette tel Cristiano Ronaldo. Mais cette mine d’or, l’est-elle vraiment pour tout le monde?

Cette semaine, un article de La Presse rapportait que les chaînes spécialisées sportives francophones que sont TVA Sports et RDS s’en allaient dans des directions diamétralement opposées.

Le joujou de l’empire Péladeau, qui paie 60 millions $ par année pour le droit de diffusion francophone exclusif de la LNH, a perdu plus de 21 millions $ durant l’année financière 2016-2017. Une année qui a notamment vu le Canadien de Montréal se faire éliminer au premier tour par les Rangers de New York.

C’est moins que les 39,3 millions $ perdus en 2014-2015 et les 33,2 millions $ de 2015-2016, mais c’est encore très loin de la rentabilité chez TVA Sports, qui se retrouve avec une note rouge de 152 millions $ en six ans de diffusion. Sans oublier une perte de 200 000 abonnés (9%).

Pendant ce temps, la chaîne de Bell Média réussit à maintenir la tête hors de l’eau, avec un surplus de 24,5 millions $ pour 2016-2017. Mais là encore, il y a de quoi s’inquiéter, car ces profits ont fondu de 11% dans une seule année et le réseau a encaissé une chute importante de 12% de ses abonnés, malgré qu’il présente quelque 60 matchs en saison du Tricolore. Là aussi, il faut prendre en note que la chaîne spécialisée a coupé dans ses employés, passant de 414 en 2013-2014 à 152 en 2016-2017.

À ce rythme et compte tenu de la compétition télévisuelle de plus en plus présente, c’est à se demander combien de temps encore pourront survivre ces deux réseaux. TVA Sports semble le plus en danger si l’on considère ces chiffres pour le moins alarmistes, un rapport 2017-2018 qui s’annonce désastreux (le Canadien n’a pas fait les séries) et le fait que leur plan connexe de devenir le réseau officiel d’une formation de la LNH à Québec apparaît de plus en plus compromis.

Évidemment, nous pouvons aussi parler de la qualité du produit pour expliquer, en partie du moins, cette misère.

Depuis son entrée en ondes, TVA Sports doit essuyer de nombreuses critiques – souvent pleinement méritées – sur la compétence de ses animateurs et de ses analystes, spécialement ceux couvrant le hockey du circuit Bettman.

Entre un Michel Bergeron qui semble vivre dans le passé, un Patrick «J’aime» Lalime incapable de décortiquer efficacement une séquence de jeu et un Renaud «L’informateur» Lavoie qui ne cesse de s’accréditer les nouvelles des autres, l’amateur préfère voir ce qui se passe sur les réseaux anglophones.

Remarquez que ce n’est guère mieux à RDS, même si Pierre Houde et Marc Denis se tirent généralement bien d’affaires. Les tribuns fades de l’AntiChambre – particulièrement Mario Tremblay et Gilbert Delorme – donnent plutôt envie d’aller se coucher sans demander son reste.

Quant aux autres sports – soccer et sports amateurs -, il apparaît clair que personne n’a envie de passer quelques heures devant son téléviseur pour voir, par exemple, un championnat américain de gymnastique. Hors du hockey, point de salut?

La véritable question est de savoir si nous avons le bassin de population suffisant pour faire vivre deux chaînes spécialisées de sport qui prônent la quantité à la qualité. À voir les résultats financiers de TVA Sports et de RDS, la réponse semble évidente.