Une langue bien vivante

Toute la semaine dernière j’étais à Québec pour prendre part au Parlement francophone des jeunes des Amériques organisé par le Centre de la Francophonie des Amériques. Personne ne s’est mépris sur mon âge, rassurez-vous, mais plusieurs «vieux» comme moi étaient conviés à prendre part à cette simulation parlementaire, histoire de transmettre nos expériences, savoir-faire, bons et mauvais coups.

Je me suis retrouvée dans le volet «action citoyenne», tandis que ma collègue (elle aussi ayant dépassé la limite d’âge de moins de 35 ans) intégrait le volet «Média». Environ 70 jeunes, quant à eux, formaient le Parlement. Ils venaient de partout, de notre région atlantique et de notre pays bien entendu, mais aussi des États-Unis, d’Uruguay, d’Haïti, du Brésil, d’Argentine, du Chili pour ne nommer que quelques pays.

Les débats et commissions parlementaires ont pris place à l’Assemblée nationale et je vous assure que, par moments, il était difficile de voir qu’il s’agissait d’une simulation (si ce n’est que les jeunes députés se tenaient mieux que les vrais, souvent).

Il y a eu des manifestations citoyennes contre un projet de loi visant à museler la liberté d’expression, les journalistes couraient dans les couloirs pour recueillir les témoignages des unes et des autres, bref, une expérience authentique.

Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est le français parlé par tous ces jeunes d’horizons si différents et le défi qu’ils lancent à nos idées préconçues: un Afro-Américain de Chicago qui parle le français «comme un livre», avec un choix de mots et une beauté à couper le souffle, tel autre (membre de mon groupe militant) venu du Brésil et parlant le français avec amour, ou cette jeune femme d’Uruguay maniant notre langue comme si c’était sa langue maternelle.

Je vous assure que pour la militante francophone que je suis, il soufflait sur ce Parlement un énorme vent d’espoir, une fraîcheur, un enthousiasme qui va bien au-delà des chiffres et des statistiques.

Ces jeunes vivent, dans certains cas, dans des situations précaires, voire politiquement difficiles, souvent dans un pays où la langue française n’a pas de statut officiel et pourtant ils la soignent cette langue, ils la travaillent, la lisent, l’écrivent et persévèrent pour l’approfondir. Quelle leçon pour nous qui la prenons pour acquise, la malmenons, la négligeons trop souvent!