Une philosophe humaniste

Toutes celles et ceux qui s’interrogent sur l’impact que l’action individuelle peut avoir sur la société, qui se disent «à quoi bon se battre?», qui hésitent au moment de s’engager activement dans une cause, devraient s’inspirer du parcours de Corinne Gallant qui vient de quitter l’Acadie et le monde. Après 75 ans (au moins!) de militantisme, tout le monde s’accorde à reconnaître que, sans elle, l’Acadie d’aujourd’hui aurait sans doute un autre visage.

Comme je ne la connaissais pas vraiment, je laisse à ses proches et à ses collègues, le soin de détailler son parcours, ses causes et ses réalisations. Ce qui, par contre, me saute aux yeux c’est que sa vie a été une grande leçon sur la lutte, mais, surtout, sur la bienveillance et l’inclusion.

On parle beaucoup de l’avancement que Corinne Gallant a mené pour les femmes et c’est sans doute là que se situe le summum de son action civique. Mais ce que j’aimais chez elle, c’est qu’elle était du côté de l’humanité toute entière: du côté des femmes, certes, mais aussi du côté des sans-abris, des laissés-pour-compte, des marginaux, des pauvres, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes.

Il aurait été aisé pour elle, femme indépendante intellectuellement et financièrement, de se concentrer sur la seule problématique féministe, sur les injustices subies par ses sœurs acadiennes, – il y avait, il reste, tant à faire, – mais elle avait une vision humaniste, rare dans notre monde, une vision qui incluait toute la souffrance humaine et ses injustices et qui se refusait à une action ciblée et unique.

Qu’elle ait réussi, par son action civique, à encourager les grandes avancées féministes de notre époque est remarquable, qu’elle l’ait fait tout en portant la cause des plus démunis l’est encore davantage. À l’image de Simone Veil, en France, Corinne Gallant savait que la lutte des femmes était une question de droits humains, tout comme la lutte pour une société plus juste et plus humaine était une question de droits des femmes. Cela peut sembler simple à dire, mais tout le monde n’a pas la force de porter une telle vision.

Il est bien dommage que l’Acadie n’ait pas de Panthéon. Corinne Gallant, comme Simone Veil, pourrait y faire son entrée, par la grande porte.