Les singes de la sagesse

Que s’est-il passé? Que s’est-il RÉELLEMENT passé? Le saurons-nous un jour? Fort peu probable, si vous voulez mon humble avis. Mais autant le Blizzard d’Edmundston que les Aigles Bleus de l’Université de Moncton et le monde du hockey en général se retrouvent avec entre les mains une méchante patate chaude concernant la mésaventure d’Alexandre Bernier, accusé de possession de cocaïne.

Pendant que les joueurs du Blizzard célébraient leur conquête de la finale de la Ligue de hockey des Maritimes, un événement à la limite anodin est venu chambouler la carrière d’un jeune homme et entacher une campagne de rêve d’une équipe qui a réalisé un exploit marquant à sa première saison dans le Nord-Ouest.

Que penser de tout ça? D’abord, la direction du Blizzard, malgré le peu d’expérience dans la gestion d’une formation de hockey composée de jeunes adultes, a réagi promptement et a pris la bonne décision dans cet épineux dossier, en retirant Bernier de l’équipe. Le garder aurait été certainement perçu comme une faute tolérée. Ce qui est toléré est accepté, et ce qui est accepté est encouragé. Tout le monde sait ça.

Il aurait été assurément très tentant de copier les singes de la sagesse: se couvrir les yeux, se boucher les oreilles et se fermer la bouche. «Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal». Mais cela n’aurait servi personne.

Cette erreur de Bernier a assurément coupé les jambes de ses coéquipiers à l’aube du championnat canadien de la coupe Fred Page. S’ils refusent en bloc de commenter publiquement cette affaire – une accusation a été déposée, une enquête est en cours et un procès est toujours possible -, on sent un certain malaise: ils veulent épauler un ami qui traverse actuellement une passe difficile, mais ils ne peuvent accepter que le no 81 les a laissés tomber dans un moment crucial en raison d’un geste qui va à l’encontre de l’éthique du sport et aux conséquences que l’on a pas encore fini de mesurer.

Cet écart de conduite va également le suivre chez les Aigles Bleus de l’Université de Moncton. L’organisation de Jean-François Damphousse appuiera son nouveau défenseur, mais on a également l’étrange sentiment que la corde sera plus courte pour l’ancien des Sea Dogs de Saint-Jean. Le Bleu et Or n’a vraiment pas besoin de cette distraction.

S’il s’agit d’une erreur de jeunesse, comme plusieurs semblent penser, il n’en demeure pas moins que c’est une faute majeure. On ne parle pas de stéroïdes anabolisants, ni d’un simple joint de marijuana trouvé dans le fond d’une poche. On parle de cocaïne, une drogue dure dont la dépendance pour s’avérer néfaste et qui ne se trouve pas au coin de la rue.

Les questions fusent. Bernier était-il un consommateur occasionnel? Si oui, a-t-il pu jouer sous l’influence de cette drogue? Était-ce seulement une mauvaise idée prise dans l’euphorie du championnat? Qui a pu le dénoncer: un partisan, un agent double, voire un coéquipier? À quel point également ces substances sont-elles monnaie courante dans le milieu sportif?

On ne dit pas que la drogue circule dans les vestiaires comme sur une autoroute, mais de là à croire que ces lieux fermés, dans lesquels une vingtaine d’athlètes dans la fleur de l’âge et à la testostérone au plafond se préparent à aller à la guerre sur une patinoire, sont exempts de toutes formes de stimulants, c’est se couvrir les yeux, se boucher les oreilles et se fermer la bouche. Comme les singes de la sagesse. «Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal».

Dans le fond, la seule chose qu’on peut faire pour l’instant est d’appuyer un jeune homme qui vient de faire une énorme bévue. Espérons qu’il aura saisi la leçon. Le monde du hockey aussi.