La cause (perdue?) du Moose

Déjà qu’organiser du hockey élite de développement est loin d’être une sinécure, ça devient quasiment une cause perdue d’avance quand on tente d’implanter des structures solides et compétitives dans le Nord.

Ce qui se passe dans le calibre midget AAA dans la province démontre à quel point une formation comme le Moose du Nord, malgré les meilleures intentions du monde depuis qu’elle assure la suite des Timberwolves de Miramichi, doit composer avec deux prises contre elle quand vient le temps d’attirer à Bathurst les meilleurs éléments de son territoire.

Dans l’excellent reportage de mon collègue Robert Lagacé paru dans nos pages mercredi, on s’est rendu compte à quel point Hollis Chamberlain et Charles LeBlanc peinent à convaincre des jeunes joueurs talentueux à adopter les couleurs noires et blanches des Orignaux.

La bonne volonté ne suffit pas toujours face à la compétition féroce – et franchement inégale – des autres organisations, dont celle des Gladiators de la Newbridge Academy de Halifax dirigée par l’ancien Titan Olivier Filion. Encore cette année, l’école de la Nouvelle-Écosse attirera plusieurs joueurs de talent qui auraient assurément permis au Moose de devenir un club de premier plan en 2018-2019.

Il serait facile de jeter la pierre à ces athlètes de chez nous qui préfèrent s’exiler en Nouvelle-Écosse. Mais comment leur en vouloir d’aller dans une formation réputée pour la qualité de son enseignement sportif – ils seront sur la patinoire tous les jours – et académique – étudier notamment en anglais – qui en feront, pour plusieurs, des espoirs alléchants pour le circuit junior majeur dans deux ans?

Quand le jeune s’assoit avec ses parents afin d’évaluer où il ira jouer au hockey, ce n’est pas long que la décision penche en faveur des Néo-Écossais ou des Québécois.

C’est quasiment impossible pour le Moose du Nord d’égaler ces offres dans la situation actuelle, malgré la qualité de leur organisation et de leurs arguments. Personne ne peut mettre en doute les compétences de Charles LeBlanc derrière le banc, ni l’énergie d’Hollis Chamberlain et de son groupe à assurer le meilleur environnement possible pour ces jeunes hockeyeurs âgés de 15 et de 16 ans.

Sauf que c’est comme si on comparait des pommes avec des oranges.

Tant que Hockey Nouveau-Brunswick n’aura pas mis ses culottes afin de convaincre ces jeunes talents de préférer le calibre midget AAA du Nord, il manquera toujours plusieurs cornes aux Orignaux pour rivaliser avec les autres équipes de la province.

Nous le disons depuis longtemps: il faut que le Nouveau-Brunswick instaure un programme de sports-études en hockey avec l’aide du ministère de l’Éducation, sinon notre province sera constamment à la traîne derrière la formule québécoise qui s’est avérée un immense succès.

Afin de garder nos jeunes, il est primordial de leur donner, à portée de mains, un environnement favorable à leur développement sur la patinoire. Pour y arriver, ça va demander un sérieux examen de conscience et, assurément, des changements importants dans l’offre de hockey élite de développement chez nous.

Il faudra insister auprès des dirigeants de Hockey Nouveau-Brunswick, parce que présentement, ils n’arrivent pas à la cheville de ce que peuvent proposer les Gladiators ou encore les programmes québécois.

Tant que ça ne changera pas, des équipes comme le Moose du Nord peineront à sortir la tête de l’eau, verront échapper leurs meilleurs éléments vers de cieux plus bleus et joueront, saison après saison, le rôle très ingrat de simples faire-valoir aux formations de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean.

Dans ces conditions inéquitables, la noble cause du Moose est presque perdue d’avance.