Gagner du terrain!

Radio-Canada veut nous couper la langue! Il n’y aura pas de débat des chefs parce qu’ils «ne parlent pas tous suffisamment les deux langues pour soutenir un débat», a dit le communiqué de la Cibici française. Traduction: c’est parce qu’ils ne parlent pas français. Nuance…

Mais sont pas obligés de parler les deux langues en même temps, comme à Moncton. Juste une à la fois! Une langue, un débat!

Avec interprétation simultanée pour ceux et celles qui auraient le courage d’endurer une voix d’outre-tombe grelotter en français hésitant ce que bredouille en anglais anesthésiant un chef récalcitrant.

Pour les autres: vive la Cibici anglaise! Good job, guys!

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Non, mais, si ça continue comme ça, ça va prendre une loi sur les langues officielles dans la province, joual vert!

Une loi qui inscrirait, entre autres, dans ses gènes juridiques, que toute personne qui aspire à occuper quelque fonction de ce soit dans l’appareil gouvernemental, du plus petit fonctionnaire au plus grand politicien, doit maîtriser les deux langues officielles de la province. Point final.

Ça peut sembler radical, mais quand on a l’audace de proclamer à la face du monde que, dans notre joli petit coin de pays, l’appareil d’État s’enorgueillit de fonctionner de manière bilingue; et qu’on le souligne en rouge auprès des investisseurs potentiels; et que les partis politiques le radotent dans tous les discours officiels, le bon peuple est en droit de s’attendre à ce que les bottines suivent les babines.

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Le mot «radical» n’est pas dangereux. Il signifie seulement prendre quelque chose par la racine. Le fonctionnement de notre société foisonne de gestes radicaux, de positions radicales, d’exigences radicales.

Des exemples? L’école est obligatoire. Radical. Ça prend un doctorat pour enseigner à l’université. Radical. Ça prend 18 ans pour voter. Radical.

Tu veux chasser? Tu veux pêcher? Tu veux conduire une voiture? Tu veux t’acheter une maison? Tu veux te marier? Tu veux prendre l’avion, loger à l’hôtel, aller au cinéma? Tu veux manger au restau chic? Ça prend des permis, ou des contrats, ou des réservations, sans oublier ta carte de crédit. Radical. Au feu rouge, tu stoppes. Radical.

C’est pas toi qui décides, c’est déjà tout décidé pour toi, c’est accepté comme ça. Parce que ça permet à la société de fonctionner. Et c’est ça qui est ça. Radical.

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Oui, les contraintes radicales pullulent dans notre vie. On ne s’en rend même plus compte.

Il devrait en être ainsi pour une loi sur les langues officielles qui imposerait vraiment ce qu’elle prétend vouloir imposer, qui garantirait vraiment ce qu’elle soutient vouloir garantir, et qui réglerait vraiment ce qu’elle entend vouloir régler!

Aucun tabou éthique n’est transgressé quand les normes, les critères, les règlements sont acceptés par tout le monde. Et aucun tabou éthique non plus à exiger que le caractère universel d’une loi sur les langues officielles soit respecté!

Mais bon, on n’en est pas là. On se débat avec le débat.

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À la Cibici anglaise, aux funérailles des policiers de Fredericton, tout se passait en anglais. Avec des ti-bouts en français. Aucune interprétation simultanée pour nous déranger dans notre méditation. Thank you, guys!

Ça, c’est du multiculturisme!

Oui, du mul-ti-cul-tu-ris-me. Car la langue est un organe formée d’un paquet de muscles! Huit muscles pairs et un muscle tout seul. Il est réservé pour les french kiss.

Le problème avec sa langue, c’est que si on ne l’entend pas parler par d’autres, et surtout si on ne l’utilise pas, le muscle ratatine! Zut.

Rendu là, on ne peut plus la parler, sa langue! Faut donc emprunter celle des autres. Et comme l’Acadie marine dans un océan anglophone depuis la Déportation, parler une autre langue, c’est se mettre à parler seulement en anglais!

Finalement, plus besoin de débat électoral en français!

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Radio-Canada a bien fait de nous éviter cette énième tragédie acadienne. Parce que c’est évident qu’un débat en français, ce serait dramatique. Et pathétique! On pourrait découvrir qu’on a affaire à des gens qui prétendent nous comprendre, alors qu’ils ne comprennent même pas ce qu’on leur dit!

Bon, bon, j’entends déjà ululer certains tinamis libéraux d’Acadie, parce que le Gallant premier ministre parle français. C’est vrai! Même si on a parfois l’impression qu’il pense spontanément dans la langue de Shakespeare et s’auto-traduit automatiquement dans la langue de Molière.

Et c’est tout à son honneur! Avoir un premier ministre aussi flexible en littérature, ça vaut son pesant d’or. En tant qu’écrivain, je voterais pour lui!

Entre-temps, de retour sur le plancher des vaches, ce que nous révèle cette histoire de débat, c’est que les francophones du Niou-Brunswick ne comptent pas suffisamment sur l’échiquier politique pour que les chefs de partis de la province se donnent la peine de devenir bilingue. C’est-à-dire, on l’aura deviné, d’apprendre le français.

Radio-Canada l’a déjà compris. Elle ne fait même plus semblant. Quand est-ce que les frenchies vont le comprendre?

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DERNIÈRE HEURE !!!

Ciel, j’apprends à l’instant même qu’il existe une loi sur les langues officielles au Niou-Brunswick! Même que ça va faire 50 ans l’année prochaine!

Donc, ça fait cinquante ans que l’Acadie attend qu’on parle sa langue. Qu’elle attend d’être traitée avec égalité. QUELLE PATIENCE!

Pourquoi l’Acadie est-elle encore, encore et toujours, obligée d’attendre que ses droits les plus humains, les plus sacrés, les plus légitimes, les plus constitutionnels et les plus juridiques soient non seulement reconnus, mais respectés?

Pourquoi traiter les Acadiens et les Acadiennes comme des citoyens de deuxième classe, comme des figurants de l’Histoire, comme des réfugiés de la Déportation, alors qu’ils se fendent en quatre, depuis plus de 400 ans, en cette terre d’Amérique, pour affirmer leur existence, leur courage, leur résilience et leur foi dans l’avenir?

POURQUOI?

Il faudra penser à devenir plus radical, étonnants lecteurs zé lectrices étonnées, si vous êtes tannés de vous faire manger la laine sur le dos.

Radical, comme ceux qui ont défriché la mer atlantique avec leurs aboiteaux. Eux, ils n’ont pas attendu un faux débat des chefs pour gagner du terrain!

Han, Madame?