Bravo, bof, et sifflets

Il est rare qu’un dossier social soit un enjeu électoral. Pour une question féministe, c’est presque de l’ordre du jamais vu.

Ce fut vu au Nouveau-Brunswick lors de la campagne électorale de 2014. Pour tout dire, un autre miracle attesté avait déjà eu lieu ici en 1987, quand les chefs de parti ont tenu un débat uniquement sur l’équité salariale et l’égalité des femmes.

En 2014, l’avortement a alors quelque peu retenu l’attention à la suite de la fermeture de la clinique Morgentaler deux mois avant l’élection. Sa fermeture voulait dire que personne en quête d’un avortement ne pouvait éviter le parcours d’obstacles politiques.

Brian Gallant, quelques semaines après son élection – et sans l’avoir promis en campagne – a aboli ces restrictions médiévales. Récemment, la province est devenue la première à offrir l’accès universel à la pilule abortive. C’est un bout de chemin.

Une autre préoccupation vive en 2014 était le statut précaire de l’agence avisant le gouvernement sur les questions féminines. Après l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme par les progressiste-conservateurs, la réaction fut telle que ces mêmes progressistes-conservateurs, peu avant l’élection de 2014, ont recréé une semblance d’agence sans indépendance. Brian Gallant a fait adopter une loi protégeant le nouveau Conseil des femmes et a doublé son budget. Du beau boulot.

On note également l’adoption d’une loi incitant financièrement les partis politiques à recruter davantage de candidates, une mesure recommandée depuis plus de 10 ans.

On n’est pas si impressionné par ce qui s’est fait depuis la dernière élection pour réduire la pauvreté. L’indexation du taux de salaire minimum au coût de la vie, c’est beau mais quand le taux est crève-faim, un pourcentage de rien donne rien.

Contre la violence faite aux femmes, les seules nouveautés sont de l’aide aux victimes, celles qui survivent, et non pas de la prévention.

Ce gouvernement a annoncé qu’il fait une analyse inclusive selon le genre avant de prendre toute décision, mais faute de preuves, personne ne l’a cru.

Quant à l’équité salariale, c’est une semi-déception. Ce gouvernement a corrigé un peu plus de l’injustice vécue par les employées du gouvernement depuis toujours, mais il n’a pas fait ce qu’il avait promis pour les autres femmes, soit la majorité qui travaille dans le secteur privé.

L’essentiel à retenir de ce bilan des quelques gains est qu’ils sont très précaires.