Faut-il aller voter le 24 septembre?

Selon une position largement répandue, les citoyens ont un devoir d’aller voter aux élections. C’est dans ce contexte que plusieurs trouvent alarmant le fait que moins de 65% des électeurs inscrits se soient déplacés lors des élections provinciales de 2014.

Dans son livre, The Ethics of Voting, le philosophe Jason Brennan soutient au contraire que nous sommes beaucoup trop nombreux à voter lors des élections. Comment est-ce possible?

Brennan estime que nous avons le devoir «de ne pas mal voter». Or, selon cette logique, certaines personnes auraient le devoir de s’abstenir le 24 septembre.

Pour Brennan, bien voter veut dire voter de façon informée, rationnelle et pour le bien commun. Or, le travail, la famille, les amis, les loisirs font que nous avons parfois, de façon parfaitement légitime, de la difficulté à bien nous informer sur les enjeux politiques, les partis et les candidats. Plutôt qu’aller voter pour un candidat qu’on ne connaît pas trop ou pour un parti dont on connaît mal à la fois le bilan et la plateforme, il serait préférable, selon le philosophe, de s’abstenir et ainsi éviter de « polluer les urnes ». Brennan nous invite à faire preuve d’humilité: si nous nous sentons insuffisamment informés, il vaut mieux laisser aux autres le soin d’identifier le candidat qui saura le mieux défendre le bien commun.

Aussi, Brennan estime que nous faisons bien plus de tort à notre communauté politique en votant pour un candidat hostile au bien commun qu’en s’abstenant d’aller voter. Brennan nous rappelle ici que l’acte de voter est donc un acte lourd de conséquences morales. Ceux qui auraient envie de voter pour leurs seuls intérêts personnels plutôt que pour les intérêts collectifs feraient mieux de rester chez eux, selon lui.

La proposition de Brennan n’est peut-être pas très pratique (comment savoir si on est «assez» informé ou bien intentionné?) et elle est peut-être trop élitiste, mais elle a le mérite de remettre en question le sens véritable de notre devoir le jour des élections.

Gabriel Arsenault