La patate «froide»

La question de la survie des arénas au Nouveau-Brunswick n’est pas nouvelle. Ces édifices sont vieillissants ou sont en fin de vie, leurs fréquentations ont nettement diminué en raison de la dénatalité et la diversité des intérêts chez les jeunes et les coûts de gestion (employés, chauffage, réfrigération) sont largement supérieurs aux revenus engendrés.

Depuis quelques années, les communautés acadiennes crient à l’aide. Ce que la Ville de Campbellton vit actuellement avec le Centre civique Memorial n’est plus une exception.

Toute cette situation est inquiétante et – sans faire de mauvais jeu de mot – personne ne peut rester de glace devant cette problématique qui, avouons-le, donne parfois froid dans le dos.

Campbellton a voulu briser la glace en suggérant aux autres communautés du Restigouche de contribuer financièrement au fonctionnement du Centre civique Memorial. Presque partout, on a jeté un regard glacial à la mairesse Stéphanie Anglehart-Paulin.

Il est vrai que chaque partie possède des arguments qui se défendent. Campbellton soutient, avec raison, qu’elle ne doit pas être la seule à payer pour une infrastructure qui est fréquentée par des citoyens de tout le Restigouche.

La suggestion de Campbellton est fort simple, après tout. Tu utilises? Tu paies.

Depuis des années, le concept d’utilisateur payeur revient régulièrement allumer sa petite lumière rouge derrière le but de nos centres sportifs. Mais chaque fois, les villages et DSL refusent le but d’un geste net et précis.

Ces mêmes villages et DSL aux prises avec ce dilemme ont également leurs points. En effet, pourquoi faire payer leurs citoyens alors que ces amphithéâtres sportifs rapportent de belles taxes foncières aux municipalités dans lesquelles elles sont construites, alors que les voisins ne touchent pas un sou? Déjà qu’on se gèle les fesses dans la plupart de ces bâtisses…

Campbellton propose maintenant une carte loisir pour aider à financer son gouffre de glace. D’abord prévue au coût de 500$ à 1000$, elle a été abaissée – fort heureusement – à 200$, avec divers incitatifs (réduction familiale) et des restrictions importantes pour certains groupes et organisations.

Cette bouée de sauvetage est un pas dans la bonne direction, mais il faudra voir comment Campbellton gèrera le tout (fera-t-elle payer à l’entrée les non-résidents sans carte?) et si elle arrivera à réduire suffisamment l’écart menaçant entre les dépenses et les revenus.

Il sera également intéressant de voir combien de ces cartes trouveront preneur.

Cela aura-t-il pour effet de faire fuir la clientèle du Centre civique Memorial, peut-être au profit des arénas voisins, comme Dalhousie? Ce ne serait que déplacer le problème d’un congélateur à un autre.

Il est à parier que les autres communautés acadiennes aux prises avec le même dilemme vont analyser de près comment Campbellton arrivera à jongler avec cette patate «froide».

Est-ce la solution idéale? Seul le temps nous le dira. Faut-il plutôt augmenter les tarifs de location? C’est déjà bien assez dispendieux. Ou alors imposer, à travers des regroupements municipaux, une taxe dédiée à la gestion des loisirs d’une région? Encore faut-il que nos communautés veuillent bien se regrouper, car ça patine dans le vide depuis des années.

Si les conditions ne changent pas et si nos élus municipaux – que ce soit au Restigouche ou dans d’autres régions acadiennes – ne dénichent pas des moyens de mieux financer le fonctionnement de ces édifices, nous devrons nous rendre à cette évidence: les projets de futurs arénas seront rapidement mis sur la glace et nos centres sportifs, dont plusieurs tombent en ruine comme les icebergs face au réchauffement climatique, fermeront un à un leurs portes dans un avenir pas si lointain.

Ça va même peut-être arriver avant que la glace de la patinoire n’ait eu le temps de fondre…