Retour à la réalité

Deux semaines de repos, un merveilleux festival de musique baroque à Lamèque et un séjour sous le soleil de Miquelon, devaient me permettre un retour souriant dans notre journal. C’était compter sans la débâcle du débat bilingue des chefs dans la campagne électorale au Nouveau-Brunswick sur laquelle je me contenterai de deux remarques générales.

Comment dans la seule province bilingue au pays, où un tiers de la population est francophone, un chef de parti peut-il encore être unilingue anglophone? D’abord par ignorance de ce qu’apprendre une langue représente. Monsieur Higgs est élu depuis 8 ans et promet depuis d’apprendre le français. Qu’espérait-il? Que la langue lui viendrait comme le Saint-Esprit soudainement descendu sur les Disciples? Que savoir dire «Bonjour, quelle belle journée!» allait suffire? Peut-être ne savait-il pas quel dialecte choisir.

Par ignorance de l’importance pour chaque francophone de choisir SON vote dans SA langue. Être à la fois unilingue et majoritaire est aveuglant: on se dit «Où est le problème? Les francophones sont tous bilingues, ils comprendront le débat en anglais» sans penser, même une seconde, qu’ainsi c’est au tiers des électeurs qu’on manque de respect.

Sur la scène fédérale, on sait qu’il n’est plus possible de mener un parti politique et de ne parler qu’anglais. Au Nouveau-Brunswick, il reste encore à s’en convaincre!

Radio-Canada Acadie porte une grosse part de responsabilité dans cette débâcle. J’ai entendu un responsable déclarer que dans un souci «égalitaire», on ne pouvait pas offrir un débat bilingue puisque certains chefs ne parlaient pas français. Faux: dans une province bilingue, l’égalité linguistique, consiste à offrir un débat bilingue, laissant aux partis politiques l’odieux de le refuser par manque de compétence linguistique.

Comme souvent dans de tels cas, la preuve éclate au grand jour quand on inverse les choses: un débat anglais aurait-il été annulé si un des chefs baragouinait la langue? Vous connaissez la réponse.

Ce qui prouve, si besoin était, que l’égalité linguistique et le «vrai» bilinguisme sont des rêves encore bien lointains et que les lois censées les protéger ne valent pas grand-chose face à l’ignorance et à la paresse intellectuelle.