Une mort à petit feu

En théorie, la réélection des libéraux ne devrait pas être trop compliquée.

Après quatre années au pouvoir, Brian Gallant a certainement des taches à son dossier, mais aucune de l’ampleur de celles qui ont coûté la victoire à ces prédécesseurs Shawn Graham et David Alward.

On peut difficilement comparer le mécontentement causé par la hausse de la TVH au tollé provoqué par la tentative de vendre Énergie NB.

Certes, le fiasco des évaluations foncières a contrarié plus d’un propriétaire, mais aucun n’a senti le besoin de manifester sa colère comme les opposants au gaz de schiste.

Pour les Acadiens, le nouveau rôle accordé au privé dans la gestion du Programme extra-mural est peut-être ce qui se rapproche le plus d’une faute impardonnable, mais l’affaire ne semble pas susciter la même indignation du côté anglophone.

Le report d’un an de l’équilibre budgétaire, l’interdiction du lait au chocolat dans les écoles et le camping de Victor Boudreau n’ont pas non plus marqué les mémoires.

Ce n’est pas pour rien que les progressistes-conservateurs ont décidé de tout miser sur la tarification du carbone, une contrainte fédérale, plutôt que sur un autre aspect du bilan libéral.

Pourtant, malgré l’absence de scandale monumental, la réélection des libéraux est loin d’être assurée.

Leur promesse électorale tout à fait inattendue de geler les tarifs d’électricité pendant quatre ans, une proposition dénoncée à gauche comme à droite, donne à penser que les libéraux eux-mêmes ne sont pas convaincus de leurs chances d’être réélus.

Non, si le Parti libéral est défait le 24 septembre, il ne sera pas question dans les annales d’un coup de grâce ayant précipité sa chute. On se souviendra plutôt d’une mort à petit feu provoquée par une série de décisions parfois difficiles, parfois maladroites, qui aura donné le goût à un nombre suffisant d’électeurs d’aller voir ailleurs.