Un besoin ou un luxe?

Le dossier de la gestion des arénas et des nouveaux centres régionaux des générations – beau nom, n’est-ce pas? – n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Alors que Campbellton se retrouve coincée avec un Centre civique Memorial qui boit à tire-larigot l’argent des contribuables, Richibucto et Caraquet cherchent à trouver la formule communautaire la plus efficace possible. Et la moins contraignante.

À Edmundston, une campagne de financement publique qui a amassé 4,7 millions $ a réglé bien des choses, donnant ainsi un sentiment d’appartenance à tout le Madawaska. Le Centre Jean-Daigle n’est donc pas la chasse gardée d’une seule ville.

Mais ça, c’est un cas à part.

À Richibucto, on semble avoir trouvé la recette idéale pour le nouveau Centre Kent-Nord Imperial, un projet de 9,9 millions $ qui sera inauguré dans quelques semaines. Les intervenants ont travaillé selon trois principes immuables: la régionalisation de l’édifice, la disponibilité à toutes les générations et l’accessibilité.

Il aura fallu des réunions, des discussions, des échanges. Convaincre de la pertinence de ce projet, qui est beaucoup plus d’un simple aréna. Relever des défis aussi, notamment avec les DSL.

Les communautés de Kent-Nord n’ont pas mis un sou dans la construction, mais ont accepté de faire leur part – selon une formule basée sur la distance et la population – dans les frais de gestion. L’idée est excellente. Elles n’auront pas non plus à endosser un déficit, laissant cette responsabilité à Richibucto. De cette façon, le risque est minime.

Ç’a demandé du temps aussi et de la patience. Il a fallu neuf ans entre l’incendie qui a détruit le Centre J.-Charles-Daigle et l’ouverture prochaine des portes du Centre Kent-Nord Imperial.

La clé dans tout ça est la régionalisation de la responsabilité physique et financière d’une telle entreprise. Un centre multifonctionnel doit être considéré comme un besoin de toutes les communautés touchées. Sinon, les adversaires qui croient que ce n’est qu’un luxe qui fera monter en flèche le taux de taxe foncière auront beau jeu.

À Richibucto, on a bien vendu sa salade. La Commission des services régionaux de Kent a accepté de gérer l’argent recueilli dans les communautés – 125 000$. Encore là, on «régionalise» la responsabilité, puisque la CSR représente toutes les municipalités et tous les DSL de son territoire.

On a vendu la régionalisation et on a gagné.

Si Caraquet cherche encore comment s’y prendre afin de convaincre les communautés du Grand Caraquet de participer à son Centre régional des générations, elle n’a pas à aller bien loin pour prendre un exemple.

Mais elle devra aussi faire vite. Le Colisée Léopold-Foulem est désuet, à la limite dangereux. On se demande même pourquoi le cadenas n’a pas déjà été mis sur la porte. Il ne faudrait pas qu’un malheureux incident arrive et cause des dommages irréparables après toutes ces années de rafistolage de fortune.

Évidemment, aucune formule n’est parfaite. Il faudra voir comment Richibucto et ses partenaires vont «survivre» à la première année de leur centre. Car c’est bien connu, un aréna – ou un centre multifonctionnel – ne fait pas d’argent. Est-ce que les belles intentions du départ se transformeront en conflits majeurs entre communautés d’un même intérêt? Si ça arrive, le besoin se transformera rapidement en un luxe que les communautés ne voudront plus faire vivre.

Pas simple, n’est-ce pas?