Three Identical Strangers: porteur de réflexions

Patrice CôtéChroniques

Notre personnalité est-elle issue de notre éducation ou de nos gênes? En d’autres termes: sommes nous qui nous sommes en raison de notre bagage génétique ou des expériences qui ont façonné notre existence?

Ces questions, les philosophes, les psychologues, les anthropologues et les sociologues se les posent depuis la nuit des temps.

Le documentaire Three Identical Strangers (Trois étrangers identiques) ajoute son grain de sel au débat en levant – en partie – le voile sur les recherches secrètes d’un renommé psychiatre dont l’éthi­que est aux mieux discutable.

Il en résulte une histoire vraie – primée lors du dernier festival de Sundance, en janvier – qui nous fait passer par toute la gamme des émotions. Mais, surtout, le film nous impose une intéressante réflexion sur l’identité humaine et l’éthique scientifique.

Triplés inconnus

Three Identical Strangers est d’abord et avant tout l’incroyable histoire de trois jeunes juifs de New York qui ont découvert, à l’âge de 19 ans, qu’ils avaient grandi dans des familles d’accueil différentes.

Robert Shafran a été adopté par une famille huppée dont le père était médecin et la mère avocate.

Edward Galland a grandi dans un foyer de la classe moyenne.

De son côté, David Kellman a été accueilli par une modeste famille d’immigrants.

En 1980, alors qu’il amorçait des études collégiales, Robert a découvert par hasard que son frère Edward avait fréquenté le même campus un an plus tôt.

Les retrouvailles des deux jeunes hommes ont fait la manchette de tous les médias de l’État de New York.

C’est d’ailleurs en voyant la photo de ses frères dans le journal que David a découvert qu’il était le troisième membre de ce trio incongru.

Rapidement, les triplés découvrent que, même s’ils ont été élevés dans des familles différentes, ils disposent d’une panoplie de points en commun. Par exemple: ils fument la même marque de cigarettes, ont tous fait partie de l’équipe de lutte de leur école secondaire et ont un faible pour les femmes plus âgées.

Lentement, la joie de ces improbables retrouvailles se transforme en questionnement: pourquoi ont-ils été séparés à la naissance?

Une partie de la réponse leur viendra de l’enquête d’un entêté journaliste qui a mis à jour les fondements d’une étude controversée qui cherchait à démontrer une fois pour toutes si c’est l’acquis ou l’inné qui fait en sorte qu’une personne devient qui elle est.

En gros: trois garçons nés de la même mère (donc, avec les mêmes gênes) se développeront-ils de la même façon dans des milieux différents?

Outrés d’avoir servi de cobaye dans le cadre d’une étude qu’ils qualifient d’inhumaine, les trois frères souhaitent en savoir plus.

Le peu qu’ils découvriront – les résultats de l’étude n’ont jamais été publiés et le chercheur est décédé – leur permettra d’apprendre qu’ils n’ont pas été les seuls enfants qui ont participé contre leur gré.

Ils réaliseront aussi à la dure qu’il n’y a pas de réponse claire sur la part d’une personne qui est issue de l’inné et de l’acquis…

Agenda et intensité

Je l’ai écrit plusieurs fois, je ne suis pas un grand amateur de «documentaires». La plupart de ces films nous présentent une réalité qui est modelée pour les besoins et l’agenda de son réalisateur (par exemple, Michael Moore et à peu près tout ce qui passe pour un documentaire sur Netflix).

Three Identical Strangers est toutefois différent. Oui, le cinéaste Tim Wardle dispose d’un agenda, mais celui-ci ne fait pas ombrage à l’extraordinaire histoire qu’est celle des triplés.

On sent aussi une recherche colossale de la part de l’équipe de production, notamment dans ses efforts d’obtenir la version des gens – du moins, ceux qui sont encore en vie – qui disposent d’informations sur l’étude.

Ce qui est le plus impressionnant avec le film, c’est qu’il nous propulse dans une cascade d’émotions qui gagne en intensité dramatique à mesure que l’histoire nous est racontée.

On s’émerveille d’abord devant les ahurissantes retrouvailles des triplés.

Dans le deuxième acte, le documentaire prend un tournant un peu plus sombre. La béatitude est alors remplacée par la frustration quand on comprend à quel point les triplés ont été utilisés comme des outils par des chercheurs aux méthodes dignes des nazis ou de l’administration Trump.

Dans la dernière demi-heure, c’est l’angoisse qui nous gagne. Tout d’abord parce qu’on pénètre un peu plus profondément dans l’univers pas-si-parfait des trois frères. Mais surtout, parce que les objectifs des chercheurs nous semblent plus clairs – et plus retords – que jamais.

On ressort du visionnement ébranlé, la tête pleine de questions difficiles.

FICHE TECHNIQUE: THREE IDENTICAL STRANGERS

  • En bref: Trois jumeaux séparés à la naissance se retrouvent 19 ans plus tard et cherchent à comprendre pourquoi ils ont été élevés dans des familles d’accueil différentes.
  • Appréciation: Par le biais d’une histoire extraordinaire, ce documentaire nous pro­­po­se une percutante réflexion sur l’identitié humaine et l’éthique scientifique.
  • Version française: Trois étrangers identiques
  • Genre: Documentaire
  • Budget: non dévoilé
  • Durée: 96 minutes
  • Une production des studios: Raw
  • Réalisateur: Tim Wardle
  • Scénariste: Aucun
  • Avec: Robert Shafran, Edward Gallant et David Kellman
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:    3
    • Qualités visuelles:      4
    • Jeu des comédiens:      3
    • Originalité:    4
    • Divertissement:   4
    • Total: 18 sur 25