La fatigue des fleurs

Serge ComeauChroniques

Au milieu du cloître de l’abbaye, il y a un jardin. Plutôt des arbres et des fleurs sauvages que les moines ont tenu à conserver. Depuis mon arrivée ici, les Rudbeckias, ces fleurs de marguerite jaune au cœur brun pourpre, illuminent le jardin et les visages des moines qui les croisent à chaque procession.

Elles aussi m’ont accueilli, discrètement, mettant en valeur ce qu’elles avaient à offrir. Or, ces derniers jours, elles ont perdu de la vigueur. Je les trouve fatiguées. Une fatigue légitime. Ce n’est pas la fatigue qui accompagne une maladie. Ou celle qui arrive au terme d’une journée d’effort. C’est la fatigue de la fin de la vie.

Malgré cette fatigue, normale et prévisible, elles ne baissent pas les bras (ou plutôt les pétales). Elles continuent de refléter les rayons du soleil. Elles demeurent debout, fières sur leur pied et leur jambe ténue. En ces premières heures d’une nouvelle saison, elles prolongent le spectacle d’un bel été. Elles sont fidèles.

Fidèles dans leur fatigue. Elles savent bien que la fin approche. Qu’elles devront elles aussi baisser pavillon. Elles savent qu’elles appartiendront bientôt aux souvenirs d’une saison si belle à cause d’elles. En dépit de tout cela, elles continuent de vivre et d’embellir le quotidien, fidèles à ce qu’elles ont été à longueur de journée pendant leur courte existence.

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Bientôt, la forêt va se métamorphoser avant d’entrer dans le repos de l’hiver. Les feuilles des arbres vont rivaliser entre elles pour montrer qui peut rougir sans avoir honte, prendre la couleur de l’or sans être riche, s’habiller d’orangé sans se donner en spectacle. Dans un dernier soubresaut de gloire, la forêt va prendre toute l’énergie qu’il lui reste pour nous donner une finale époustouflante. Comme la finale des feux d’artifice qui ravit la foule.

Pour les fleurs, rien de tout cela! Le spectacle va se terminer comme il a commencé: discrètement, sans que personne ne s’en aperçoive peut-être. Mais jusqu’à la fin, elles vont rester fidèles à transmettre la beauté. Sans faire d’éclat. Sans attirer le regard.

Jusqu’à la fin de leur vie, malgré la fatigue des jours, elles donnent le meilleur d’elles-mêmes. Elles me parlent de la vie humaine. Comme tant d’autres, elles m’apprennent à aller jusqu’au bout, à rester fidèle coûte que coûte. Bénies soient-elles!

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Au cours de la semaine…

Lu que nous passons un tiers de notre vie à dormir. La fatigue est normale parce que nous sommes actifs et que notre organisme est programmé pour dormir. Le sommeil permet de récupérer, tant au niveau physique que psychologique. La durée idéale du sommeil varie selon les personnes. Et selon les âges. Or, les récentes études montrent que plusieurs ne dorment pas suffisamment.

Estomaqué en apprenant les conséquences du manque de sommeil. Il ne s’agit pas uniquement de trous de mémoire ou de fatigue. Les spécialistes montrent les liens entre le manque de sommeil et plusieurs troubles physiologiques et psychotiques: démence, troubles cardiaques, cancer, dérèglement des systèmes reproductifs et immunitaires. La liste est suffisamment longue pour se convaincre des bienfaits du sommeil.

Appris qu’une fatigue passagère est normale lors d’un changement de saison, notamment à l’automne. Lorsque les jours rétrécissent, il y a un manque de stimulation lumineuse. Il peut y avoir désynchronisation de certaines hormones. Il ne faut pas laisser le froid nous empêcher de rester actifs. Et il faut se discipliner pour prendre les heures de sommeil nécessaire (au lieu de les passer face à un écran).

Réconforté par le commentaire du gagnant du marathon de Berlin dimanche dernier (il a aussi battu le record mondial avec un chrono de 2h1m39s). Il dit: «Seuls les gens disciplinés sont libres; si vous ne l’êtes pas, vous êtes l’esclave de vos passions et de vos états d’âme.

Continué la méditation du Cantique des Cantiques, livre de l’Ancien Testament. Au milieu du poème, il y a cette belle expression de la bien-aimée qui attend son amoureux: je dors, mais mon cœur veille (5, 2). Elle est partagée entre la veille et le sommeil. Même endormi, il peut y avoir un état de vigilance… les parents le savent bien! Même si la culture ambiante cherche à endormir le désir d’Absolu, le cœur peut veiller. Il doit le faire pour sa survie et sa joie!

Trouvé que certains politiciens (parfois l’entièreté d’un parti politique) auraient besoin de repos. L’absence de projet de société, d’idéal pour sauver la planète et d’idées novatrices pour aménager le territoire me semble être symptomatique d’une fatigue chronique. S’ils ne ressentent pas la fatigue, qu’ils sachent que des électeurs, eux, la ressentent. Certains devraient aller se coucher pour qu’on puisse se reposer et rêver en paix.