Ô, splendeur de la dualité!

Vous voilà pognés avec deux premiers ministres potentiels! Un pour le nord, un pour le sud. Un pour les francophones, un pour les anglophones. Un bilingue, un unilingue. Depuis le temps qu’on veut la dualité, ben, la vlà! Ô, splendeur de la dualité!

Bon, au moment où j’écris ces lignes, le Gallant premier ministre actuel affirme en ondes que personne n’a reçu «un mandat de former le gouvernement». Vous avez voté pour rien? C’était un canular?

Le résultat de cette élection est tellement singulier que personne n’a eu le temps d’essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer dans l’isoloir. Et pourquoi ça s’est passé ainsi.

Quoi qu’il en soit, Brian Gallant peut s’estimer chanceux que les francophones se soient résignés à se ranger derrière lui, malgré tout ce qu’ils lui reprochent, particulièrement sa faiblesse de la défense des droits linguistiques.

Blaine Higgs, de son côté, devra se demander pourquoi il n’est pas parvenu à faire une percée plus significative chez les francophones, hormis un député à Shippagan. Difficile de combler un déficit de confiance.

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Cependant, pour les bleus, c’est un précieux trophée de chasse, l’ex-comédien Robert Gauvin!

Aujourd’hui investi de la responsabilité historique d’incarner toute la «francophonitude» niou-brunswickoise dans son parti, il n’a d’ailleurs pas hésité à Radio-Canada, dès mardi matin, à affirmer que «quelqu’un devra mettre de l’eau dans son vin et ce sera pas Gauvin!». Du même souffle, il a rajouté que «la longévité de Blaine Higgs va dépendre de la façon qu’il va traiter les Acadiens.» Difficile d’être plus clair!

Il a aussi souligné le fait qu’il ne pourrait pas «rester dans un parti si je sens que l’Acadie et la langue française sont attaquées ou menacées.»

Ça, c’est se tenir debout! Et c’est de bon augure pour ses commettants et pour tous les francophones de la province. Espérons que ça va inspirer tous les députés francophones. Lâche pas la patate, Robert!

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Malgré les sueurs froides de lundi soir, les doléances des francophones à l’égard du Gallant gouvernement ne vont pas disparaître du jour au lendemain, même s’il s’accroche au pouvoir, compte tenu de l’irréelle faiblesse affichée par ce gouvernement libéral dans son premier mandat, avec son imposante cohorte de députés francophones, à l’égard du fait français et de tout ce qui s’y rattache.

À moins que, à l’instar de Popeye, les libéraux se mettent au régime de la canne d’épinards. Et ensuite, qu’ils apprennent à marcher sur des œufs linguistiques à la florentine!

Du côté bleu de l’histoire, la donne est passablement la même. Le wannabe premier ministre Higgs, avec tout ce qu’on sait déjà de son parcours et de ses discours, a du pain sur la planche! Son unique député francophone est déjà passé à l’Histoire, mais ça ne suffira pas pour calmer les inquiétudes des Acadiens et autres francophones.

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Lundi soir, c’est également du côté des tiers partis qu’est venue la surprise. Imaginez, trois candidats du Parti vert et trois candidats du parti anti-bilinguisme! Méchante courtepointe d’intérêts, de divergences futures et de conciliabules d’arrière-bans à prévoir à l’Assemblée législative!

À cet égard, même en tentant de sauver son gouvernement, le premier ministre a déjà annoncé qu’il ne fricoterait pas avec l’Alliance. Dieu merci, il a déjà fait des avances au Parti vert. Deux bons points pour Brian Gallant.

Justement, les verts ont profité de l’occasion pour péter des scores et pour se donner un député qui risque de bousculer un peu le protocole politique! Kevin Arseneau, nouveau député de Kent-Nord, fait partie des quelques nouvelles figures qui donneront du swing à la politique niou-brunswickoise pour le plus grand bien de tous et toutes!

Les verts ont un programme porteur d’espoir, tandis que les alliancistes nous poussent au désespoir. Pour le Gallant premier ministre, le choix est clair. À lui maintenant de jouer sa partition avec brio! Mais, d’emblée, il pourra compter sur l’appui des forces vives de la francophonie s’il se tient debout tout en louvoyant entre les écueils en vue. Bonne chance!

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Évidemment, tout cela s’inscrit dans la manière traditionnelle de faire de la politique.

Mais imaginez si, devant cette «dualité première-ministérielle» on pouvait se partager le gouvernement en deux! Les libéraux pourraient siéger quelques semaines, face aux vilains alliancistes dans l’opposition. Ensuite, ce serait au tour des conservateurs, face aux fertiles verts dans l’opposition!

C’est comme si les partis obtenaient la garde partagée du gouvernement!

Et entre deux sessions de garde partagée, les députés pourraient retourner vivre dans leurs circonscriptions, histoire de rester proches de leurs concitoyens et de se remémorer ce que ces derniers veulent, ce qu’ils ne veulent pas, ce qu’ils sont prêts à pardonner et ce qu’ils ne pardonnent pas. Un genre de bain d’humilité, quoi!

Et quant à se lancer dans la dualité gouvernementale, aussi bien y aller à fond la caisse et appliquer ce principe à tous les ministères, agences, organismes de l’État. Le bonheur, je vous dis!

Je vous entends déjà rêver!

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Entre-temps, il faut quand même éviter le cauchemar!

C’est d’autant plus important, d’autant plus significatif, que l’élection a eu lieu la veille de la pleine lune. Bref, ce qui s’est passé lundi soir au Niou-Brunswick était directement influencé par la force de l’attraction lunaire! C’est écrit dans l’Almanach du peuple. Sinon, ça devrait l’être.

Bizarrement, cette «marée» de pleine lune s’est dégonflée avant de toucher le rivage. Et c’est pour cela que vous vous retrouvez, zélecteurs, zélectrices, avec une élection ni chair ni poisson.

C’est un électrochoc salutaire que vit aujourd’hui la communauté francophone du Niou-Brunswick, car il révèle qui lorsqu’ils ne sont pas vigilants, les francophones peuvent se retrouver Gros-Jean comme devant!

Et que ce n’est pas tant l’Alliance des Gens qu’il faut craindre que l’indifférence des gens…

Alors, souhaitons que la prochaine lune électorale soit plus efficace et que rayonne toujours, dans nos cœurs politiques, la splendeur de la dualité!

Han, Madame?