Le pire des deux systèmes

Doit-on changer notre mode de scrutin? D’un côté, notre système électoral pluralitaire a le mérite de produire des gouvernements majoritaires stables et centristes, idéologiquement près de la majorité des électeurs. D’un autre côté, il parvient moins bien que les systèmes proportionnels à représenter l’opinion publique au parlement.

Les résultats de lundi soir ont été exceptionnels en ce qu’ils nous ont donné le pire des systèmes pluralitaire et proportionnel.

D’abord, notre mode de scrutin nous a révélé l’ampleur des distorsions dont il était capable. Les libéraux ont obtenu 37,8% des suffrages, soit six points de pourcentage de plus que les progressistes-conservateurs; malgré cela, avec 21 élus, les libéraux se sont retrouvés avec un siège de moins que les progressistes-conservateurs.

Ensuite, puisqu’aucun des deux gros partis n’a obtenu une majorité des sièges (une deuxième dans toute l’histoire de la province), les petits partis, idéologiquement plus extrêmes, auront vraisemblablement un rôle central au sein gouvernement. Ainsi, dans les régions acadiennes, on frémit à l’idée que le People’s Alliance puisse avoir la balance du pouvoir.

Enfin, les perspectives de coalition semblent peu reluisantes. Même si les libéraux formaient une coalition avec les verts, ils ne contrôleraient ensemble que 24 des 49 sièges de la législature.

Higgs, quant à lui, exclut l’option d’un gouvernement de coalition avec le People’s Alliance. On voit dès lors mal comment pourrait se former un gouvernement stable pouvant compter sur l’appui de la majorité des députés siégeant à l’Assemblée législative. Dans ce contexte, la plupart des analystes entrevoient de nouvelles élections d’ici les deux prochaines années, voire les six prochains mois.

En somme, selon le scénario le plus probable, notre système électoral nous donnera à l’automne un gouvernement instable, composé d’éléments idéologiques extrêmes qui, de surcroît, reflète mal l’opinion publique.

Différents systèmes électoraux conviennent sans doute mieux à différentes sociétés. Avec une aussi forte concentration du vote libéral dans certaines circonscriptions et avec un appui aussi fort aux tiers partis, convenons que notre système électoral nous a particulièrement mal servi ces élections-ci.