Se libérer de la haine

Mélanie CôtéChroniques

«Avoir du ressentiment, c’est boire du poison et espérer qu’il tue vos ennemis.» – Nelson Mandela

Permettez-moi de vous raconter une histoire vraie, tirée du livre Divines interventions.

En 1968, au milieu de la violence de la Révolution culturelle chinoise, Huang Yao Rong se retrouve, injustement, en prison. À l’instar de millions d’autres chinois, il est brutalement torturé. Après quinze jours en captivité, la mousson arrive subitement et un puissant orage surgit. La foudre illumine la cellule – et la souffrance – de Huang, un homme à deux doigts de la mort. C’est alors qu’il a un éclair de lucidité. Huang sent une lumière s’allumer dans son cœur. Il discerne la haine réciproque, entre tortionnaires et prisonniers, puis il sait que tant qu’il les haïra, le cercle vicieux se perpétuera. Il comprend que seul l’amour peut achever la haine. À cet instant, il choisit l’amour.

Cet amour aide Huang à survivre à son emprisonnement: les tortures diminuent, et puis cessent totalement. Quelques années après, on le libère.

Trente ans plus tard, on lui demande s’il déteste les gens qui lui ont infligé toute cette douleur. En dépit de son handicap physique (dû aux sévices qu’il a endurés au début de sa détention), Huang répond que non. Il ajoute que s’il hait, il perd sa paix intérieure. En revanche, s’il pardonne, la paix lui est donnée. Pour lui, la haine est d’une grande futilité et la compassion règne. Sa foi est inébranlable et il se considère comme très heureux.1 Regarder bravement à l’intérieur de soi

En ce qui concerne l’histoire de Huang, il s’agit, bien entendu, d’un cas extrême. Mais quelle leçon pouvons-nous en tirer? Quelle réflexion pouvons-nous entamer? Pouvons-nous braver nos propres démons intérieurs? Avons-nous le courage de pardonner?

Qu’il s’agisse d’une simple colère (liée à des paroles blessantes par exemple), d’une colère moyenne (liée peut-être à un divorce) ou d’une grande colère profonde (liée à une histoire d’inceste), la libération est possible. Tant et aussi longtemps que nous garderons une haine intérieure, nous donnerons du pouvoir à la personne qui nous a supposément lésés.

Porter une haine en nous, et la nourrir, nous maintient dans une position de victime; c’est comme nous victimiser jour après jour. Ironie du sort, la personne qui hait devient alors son propre bourreau.

Remplacer la haine par l’amour est l’acte le plus difficile, mais le plus honorable que nous puissions accomplir. La haine nous emprisonne. Seul l’amour nous libère.

Affranchissons-nous!

Défi de la semaine: Examinez une haine, une colère ou un ressentiment que vous retenez. Lorsque vous serez prêt(e), choisissez l’acceptation et le pardon. Pardonnez-vous d’avoir entretenu cette haine et pardonnez à la personne que vous avez jugée responsable de votre souffrance. Utilisez un rituel pour consolider l’exercice. À titre d’exemple, vous pouvez placer, symboliquement, l’intention du pardon dans une roche et la lancer à la mer. Lâchez prise. Ressentez la sensation de libération. Donnez libre cours à la larme qui veut couler.

J’invite respectueusement vos partages et questions.

1 Millman, D. et Childers, D. (1999). Divines interventions. Montréal: Du Roseau, p.68.