Les victimes du trou noir, perdants de l’élection

Si la liste des perdants est de loin plus impressionnante que celle des gagnants lors des dernières élections provinciales, il est de mon opinion que ce sont les victimes du trou noir qui remportent la palme de la plus grande défaite de cette élection. Et devinez quoi? Ils n’ont qu’à faire porter le blâme sur leurs dirigeants.

Précisons d’entrée de jeu que leur cause est juste, et qu’ils méritent beaucoup mieux que ce qu’ils ont. Mais qui donc les conseille dans leur stratégie qui, a chaque manifestation, leur font perdre des appuis et surtout beaucoup de crédibilité? De toute évidence à part peut-être la victoire serrée de Robert Gauvin, ils n’ont eu aucune influence sur le déroulement de ce scrutin, et sont ressortis de ces élections plus faibles qu’ils y sont entrés.

Comment diantre pensent-ils améliorer leur cause quand ils s’attaquent verbalement et physiquement à ceux qui, dans le fond, sont les seuls à pouvoir les aider? Comment peut-on clairement comprendre leur cause quand le discours qu’ils diffusent est aussi confus que les propos de Donald Trump?

Expliquez-moi par exemple que vient faire la ridicule cause des prétendus métis acadiens dans cette lutte? Pourquoi l’élimination du glyphosate est-il un enjeu important pour les travailleurs saisonniers? Qui plus est, je ferai abstraction des jurons, des propos racistes, xénophobes et violents qui ressortent de ces manifestations. Quand on blâme l’immigration pour tous nos maux, quelqu’un peut-il me dire la dernière fois que la Péninsule acadienne a accueilli des immigrants et comment ceux-ci affectent leur cause?

On est rendu a un point tel que les responsables de la GRC recommandent aux politiciens de ne plus participer à ces manifestations. On y est témoin d’une violence verbale et même physique qui nécessite présentement des enquêtes policières.

Nous n’avons pas besoin d’intimidateurs à la Rambo Gauthier et encore moins des prétendus experts sur le web qui ont des solutions à tout. J’ai été impliqué dans des conflits semblables dans mon autre vie, et laissez-moi vous dire qu’avec les leaders ouvriers de l’époque et même si ce n’était pas toujours facile, ça se passait dans le respect et la coopération. Il y a un manque flagrant de leadership parmi les organisateurs et certains candidats politiques n’ont fait qu’exacerber la situation par des propos provocants.

Au risque de me faire critiquer, il faut admettre que notre région a un bilan peu reluisant, dans certaines de nos luttes. On a brûlé des quais, on a détruit des usines et des bateaux, on a vandalisé des maisons (la mienne), et il est inquiétant que des appels à la violence refassent régulièrement surface sur les médias sociaux.

Il incombe aux travailleurs de réévaluer leur stratégie s’ils veulent garder l’appui de la population. Toutes les solutions ne sont pas nécessairement politiques. Les transformateurs et les pêcheurs doivent aussi s’assoir à la table.

Que les travailleurs saisonniers continuent le combat, d’accord, mais en s’attaquant à la source du problème plutôt qu’à leurs alliés.