Action de grâce

Serge ComeauChroniques

Ce sera congé lundi. Le jour du «Merci! ». À l’origine, c’était l’action de grâce pour les récoltes. Mais on peut bien étendre notre gratitude. Au-delà d’une journée! Et pour davantage que la profusion de fruits dans les arbres et les jardins. Voici pourquoi je suis dans l’action de grâce aujourd’hui.

J’ai le privilège d’avoir grandi dans une famille qui m’a beaucoup donné. Un père qui m’a appris le respect de l’autre. Une mère qui m’a transmis son amour du travail. Des sœurs qui m’ont toujours soutenu et encouragé. Ma famille n’était pas parfaite; la famille élargie, les oncles et les tantes, venaient suppléer et ajouter à nos manques. À cause de ma famille, je suis dans l’action de grâce.

Je garde précieusement un beau souvenir de l’été qui s’achève. Après la messe du samedi soir, la responsable de Mission-Jeunesse avait convié les jeunes choristes et les pèlerins de Taizé chez-elle. C’était une belle soirée. Chacun était présent et attentif à son prochain. Nous avons échangé des souvenirs. J’ai pensé à tant d’amis qui sont des lampes dans ma vie, dans mes nuits. Pour cela, je dis «MERCI» en cette fin de semaine.

Cette semaine, je suis allé faire une longue marche. J’ai entendu les oies sauvages. Les couleurs des arbres créaient une telle harmonie. Et il y avait dans cet air frais de l’automne un parfum de grand prix. Mes sens étaient en éveil. Je ne faisais pas que regarder et entendre. Je contemplais. Sans aucun autre effort que d’être attentif à ce qui était là. J’étais dans un moment de béatitude. Qui était nécessairement un moment de gratitude.

Mon ministère de prêtre me permet de rencontrer tant de gens qui me font le privilège de les accompagner dans des moments de passage dans leur vie et au rythme de la vie quotidienne. J’ai eu la joie déjà de connaître tant de paroissiens… que j’ai hélas dû quitter un jour. Mais la nostalgie du départ a fait place peu à peu à l’action de grâce. Et je sais que j’aurai d’autres paroissiens avec qui je pourrai vivre pleinement. Pour cela aussi, je dis «MERCI».

Ce matin encore, je me suis réveillé. Une autre fois. Parfois, je peux ressentir des courbatures à cause de l’entraînement de la veille. Ou des malaises à cause des excès ou des années. Mais, il y a ce miracle de sortir du sommeil et de revivre chaque matin comme un nouveau printemps qui m’éveille à tout ce qui vit. Pour cela aussi, je dis «MERCI».

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Je dis «MERCI» à la vie. À sa source qui coule en moi et en profusion autour de moi. Pour ma part, je lui donne le nom de Dieu. Il y a dans cette attitude de reconnaissance, une porte à franchir si nous voulons entrer dans la joie. Celle-ci se nourrit d’attitudes et de manière d’être, à la portée de tous.

Pour dire «MERCI», il n’est pas nécessaire d’être face à des personnes ou des événements extraordinaires. Consentir à la vie telle qu’elle est. Pouvoir remercier la vie telle qu’elle se présente à chacun, même avec ses côtés sombres qui nous permettent souvent de nous dépasser et de découvrir en soi des ressources insoupçonnées.

Dire «MERCI», ça s’apprend. On le fait avec les enfants. On devrait aussi le faire avec les plus grands. Parce que malheureusement, remercier est aussi une action qui s’oublie; et l’ingratitude prend rapidement le dessus. Vivre dans l’action de grâce est une attitude qui devient une denrée rare de nos jours.

Dans notre monde informatisé, il y a de moins en moins de place pour la gratitude. Lorsqu’on lit une publication ou qu’on voit une photo sur Facebook, on peut cliquer sur «J’aime». Ou mettre le pouce en l’air. Mais l’émoticône du «MERCI» se trouve difficilement. C’est ainsi qu’on évolue ces années-ci: on doit choisir entre ce qu’on aime et ce qui nous laisse indifférents. Mais peu de place pour la gratitude. C’est pourtant une condition pour s’ouvrir aux autres et entrer dans la joie. La vraie joie!