La lente évolution de l’Alliance des gens

Le conseil municipal de Cap-Pelé a fait un doigt d’honneur à l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, la semaine dernière, lors de sa réunion ordinaire.

Il a alors adopté à l’unanimité une résolution afin de dénoncer ce parti émergent qui, selon lui, menace les droits constitutionnels de la minorité francophone.

Les membres du conseil ont mis en garde les autres formations politiques contre toute collaboration avec son chef, Kris Austin.

Ils en ont ensuite rajouté une couche en brandissant la menace d’un recours judiciaire si jamais Blaine Higgs ou Brian Gallant franchissent cette ligne.

L’Alliance n’a pas trouvé ça très drôle. Dans une déclaration écrite, son porte-parole a qualifié l’approche de Cap-Pelé d’«antidémocratique».

Il en a profité pour préciser que son parti ne veut pas enlever aux francos des droits reconnus mot pour mot par la Charte canadienne des droits et libertés.

Mais tout ce qui n’est pas coulé dans le béton de la Constitution hyper clairement (ou qui n’a pas fait l’objet d’un jugement dans une cause néo-brunswickoise) est fair game, selon lui.

C’est ainsi que l’Alliance perçoit le Commissariat aux langues officielles, le Réseau de santé Vitalité, les ambulanciers bilingues et le transport scolaire homogène.

Cette vision des droits constitutionnels est particulièrement restreinte et elle est loin d’être partagée par tous (surtout les experts). Mais elle témoigne tout de même de l’évolution du message de l’Alliance.

On parle d’un parti dont le chef n’avait clairement aucune idée des grandes lignes de la Charte en 2012, il y a quelques années à peine, en proposant d’abolir la dualité en éducation au Nouveau-Brunswick.

Depuis, il a mis une couche de vernis sur son antibilinguisme. Son approche est moins abrasive et plus ciblée.

Cela a comme effet de brouiller pistes et de rendre leurs idées plus raisonnables aux yeux d’une partie de la population.

Avec trois sièges, l’Alliance a aujourd’hui le vent dans les voiles et a de bonnes chances d’obtenir le statut de parti reconnu à l’Assemblée (et les moyens qui viennent avec).

On n’a pas fini de la voir affiner son offensive contre le bilinguisme et les acquis des francophones au Nouveau-Brunswick.