Un vent de panique

Un vent de panique semble souffler sur la communauté acadienne à la suite de la percée de l’Alliance des gens lors des élections du 24 septembre dernier. Le conseil municipal de Cap-Pelé a même adopté à l’unanimité une résolution pour dénoncer une éventuelle entente formelle entre les libéraux ou les progressistes-conservateurs et l’Alliance des gens.

Le conseil municipal menace de s’adresser aux tribunaux si un tel accord de collaboration devait se réaliser. Il ne faut pas être un grand juriste pour savoir qu’une telle poursuite en justice n’aurait aucune chance de réussite. Toutefois, la bataille semble avoir beaucoup plus de succès dans l’arène politique.

Brian Gallant a voulu faire du millage avec cette crainte de plusieurs francophones lorsqu’il a déclaré que Blaine Higgs avait un agenda secret avec l’Alliance des gens lorsque son chef Kris Austin a annoncé que sa formation politique était prête à soutenir un gouvernement Higgs pour une durée de 18 mois. Le leader progressiste-conservateur s’est empressé de nier le tout.

Si l’Alliance des gens semble être un repoussoir pour tous les autres partis, il n’en est pas de même pour le Parti vert qui est courtisé tant par les libéraux que par les progressistes-conservateurs. Les verts détiennent avec les progressistes-conservateurs la balance du pouvoir. Leur chef David Coon entend bien tirer parti de cette position de force pour négocier la meilleure entente possible. Ce dernier voudrait un accord qui pourrait se rapprocher de celui signé entre le NPD et le Parti vert en Colombie-Britannique. Cet accord n’a pas débouché toutefois sur la formation d’un gouvernement de coalition où des députés verts auraient été ministres.

Les recomptages judiciaires n’ayant pas changé les résultats du 24 septembre, il apparaît très peu probable que les libéraux qui ont 21 élus puissent avoir la confiance de la chambre avec les 3 élus verts. Le chiffre magique à atteindre est 25. On peut s’attendre a beaucoup de tractation autour de l’élection de la présidence la chambre qui vote seulement en cas d’égalité.

Le Parti vert a pu faire élire 3 candidats avec 11.9% des votes et 2 de ses autres candidats ont terminé en deuxième place. Pour sa part, l’Alliance des gens avec 12.6% des suffrages a fait élire 3 candidats et 7 autres ont obtenu la seconde place. Sachant que cette formation politique n’avait reçu qu’environ 2% d’appuis lors des deux élections précédentes, ses possibilités de croissance à court terme ne sauraient être sous-estimées.

Si le Parti vert veut contribuer à la protection des droits linguistiques de la communauté francophone, il n’a pas intérêt à faire tomber le prochain gouvernement qu’il soit progressiste-conservateur ou libéral. Des élections anticipées pourraient permettre à l’Alliance des gens de poursuivre ses gains de sièges. En revanche, il semble peu probable que les verts puissent faire de même.

Le Parti vert, dont le chef est apprécié tant par les francophones que par les anglophones, peut contribuer à apaiser le climat linguistique tendu dans cette province.