Pendant ce temps, à Erevan

La Francophonie est réunie à Erevan en Arménie. TV5 en parle en continu et, sur les réseaux sociaux, on voit nos représentants souriant pour les caméras et les autoportraits. Ce genre de sommet c’est l’occasion de rencontrer des gens dont le combat quotidien est à mille lieues du nôtre: lutte pour le droit de vote, le droit de manifester, le droit d’épouser qui on veut, d’avoir un emploi et de quoi manger, le droit à la sécurité. Je vous assure que, dans ces rencontres, on apprécie ce que l’on a.

Ainsi, les représentants venus du Nouveau-Brunswick pourront comparer leur situation politique précaire aux ressortissants de la République Démocratique du Congo, par exemple, et se dire qu’au moins, à Fredericton, on n’a pas à craindre de voir des milices descendre dans la rue, armes au poing. Ça apparaît évident à dire comme ça, mais il est bon, de temps à autre, de prendre la vraie mesure de nos problèmes.

Le sommet 2018, en particulier, c’est la joie de voir la Louisiane prendre sa place d’observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie. Ce ne sera qu’une étape, j’espère, avant une place à part entière à la table, mais c’est un début prometteur pour cet État qui mène une lutte épique pour s’épanouir en français.

Enfin, au moment où j’écris ces lignes, nous ne savons pas qui va mener l’OIF pour les quatre prochaines années, mais il semble bien que le consensus (à l’OIF on ne vote pas!) se fera autour de la ministre des Affaires étrangères du Rwanda.

Je ne vois pas le départ de Michaëlle Jean comme une perte d’influence du Canada. Sous la direction d’Abdou Diouf, le Canada avait une influence tout aussi importante qu’aujourd’hui (voire plus grande). Mais, ce qui me préoccupe dans l’arrivée de Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF, c’est que jamais, depuis sa création, l’organisation n’aura été menée par une personne si proche d’un pouvoir en place. Et d’un pouvoir dont les dérives totalitaires sont inquiétantes.
Les organisations non gouvernementales de la Francophonie – Avocats sans frontières et Amnistie internationale, par exemple – et la société civile dans son ensemble, devront rester sur le qui-vive.