Assez!

Difficile, cette semaine, de passer à côté de la légalisation du cannabis! Le sujet a été traité en long en large et en travers, les ravis ont jubilé, les inquiets se sont exprimés et les indifférents, comme moi, ont supporté. Supporté le traitement incessant de cette nouvelle, comme si la marijuana nous arrivait d’une planète inconnue et qu’on pourrait, pour la toute première fois, y goûter, avec tous les dangers insoupçonnés que cela comporte.

Ça fait des lustres que le pot est disponible à tous les coins de rue et dans toutes nos cours d’école; c’est d’ailleurs la moins dangereuse des substances offertes tous les jours de la semaine à la population et à nos écoliers en particulier.

Quand je suis arrivée à l’Université Memorial en 1974, j’ai passé plus de temps à faire passer les joints que les bouteilles de bière. Je n’y ai jamais touché, et la légalisation ne m’encouragera pas plus à le faire, mais là encore la marijuana paraissait bien inoffensive face au LSD et autres horreurs disponibles à tout-va et face aux beuveries de fin de semaine.

Apparemment, les boutiques spécialisées de Terre-Neuve – celles qui ont ouvert les premières à minuit une minute le 17 octobre – sont en rupture de stock. Et c’est le même cas de figure partout au pays. L’effet de nouveauté, de pouvoir dire «J’en ai acheté la première minute du premier jour de la légalisation», va passer bien vite et rien n’aura vraiment changé.

En fait, si, une chose aura changé: les clients sauront exactement quelle substance, de quelle force et de quelle teneur, ils mettent dans leur pipe, leur papier ou leur brownie. Je n’y connais rien mais ça me semble immensément préférable à se fier à un petit revendeur qui ne sait sans doute même pas qui l’approvisionne.

Quant aux jeunes, on peut espérer aussi que l’interdit ayant disparu la marijuana perde un peu de son attrait.

Bref, beaucoup de remous, de foin, d’énervement pour pas grand-chose surtout au regard de ce qui se passe dans le reste de notre vie et sur le reste de la planète. Pendant qu’on s’est égosillé à discuter de joints, le monde, lui, continue de courir à sa perte. Il serait peut-être temps d’y revenir?