Mettre le pied sur la Lune est probablement la plus grande réalisation de l’histoire de l’humanité. Un exploit qui a toutefois demandé beaucoup de travail et de sacrifices. C’est ce que nous rappelle le cinéaste Damien Chazelle dans First Man (en salle depuis le 12 octobre).

Le film nous est arrivé avec une aura de sérieux prétendant aux Oscars.

Après tout, les deux premières oeuvres de la carrière de Chazelle ont été mises en nomination pour l’Oscar du meilleur film (Whiplash en 2015 et La La Land en 2017).

Le rôle principal, celui de Neil Armstrong, est tenu par le Canadien Ryan Gosling, lui aussi deux fois finaliste à une statuette dorée.

La cinématographie épurée et le ton grave de la bande-annonce laissaient également présager de belles choses.

Au final, First Man pourrait remporter quelques récompenses, mais ce n’est pas le chef-d’oeuvre anticipé.

Tout d’abord parce qu’on a parfois l’impression que l’esthétisme a priorité sur le récit. Mais aussi parce que peu importe l’effort que les scénaristes ont mis pour pimenter le film d’un peu de tension, la vérité est que tout le monde sait pertinemment comment l’histoire va se terminer.

Exercice d’abord et avant tout artistique, First Man est, à mes yeux, un divertissement  inférieur à deux films desquels il aurait dû davantage s’inspirer: Apollo 13 (1995) et The Hidden Figures (2016).

La course à la lune

Début des années 1960. Les Américains perdent du terrain sur les Soviétiques, qui ont jusque là gagné toutes les courses à l’espace.

La NASA se fixe donc l’objectif le plus ambitieux de son histoire: envoyer un humain sur la Lune.

Elle recrute les meilleurs candidats pour mener à bien cette mission. Du nombre: Neil Armstrong (Ryan Gosling), un ancien militaire devenu ingénieur.

Pendant près d’une décennie, Armstrong et ses comparses vont multiplier les calculs, l’apprentissage et les vols d’essai – souvent, au péril de leur vie.

Le grand jour arrivera en juillet 1969 quand la fusée Apollo XI prendra la direction de la Lune.

Émotions

À l’image de Titanic (1997), pour rendre First Man intéressant, il fallait raconter une histoire dans l’histoire, si vous voyez ce que je veux dire.

Le scénariste Josh Singer (Spotlight, The Post) a donc choisi d’illustrer la course à la Lune en adaptant le roman First Man: The Life of Neil A. Armstrong, de James R. Hansen.

On passe donc beaucoup de temps avec Armstrong, un introverti extrêmement cartésien. On découvre aussi l’impact qu’a le dévouement professionnel de l’astronaute sur sa famille.

La scène où Armstrong est paralysé (pas tant par la peur que par son incapacité à exprimer ses émotions) quand il est forcé d’expliquer à ses enfants qu’il pourrait ne jamais revenir de sa mission est extrêmement difficile à regarder.

Ce désir d’humaniser l’astronaute est central au film. Mais à l’image de toutes ces scènes où Armstrong et son équipage sont en danger, il est difficile de ressentir le déchirement et la tension étant donné la très prévisible finale.

Qu’est-ce qui se passe?

Afin de se distancer de tout ce qui s’est dit et écrit au sujet du programme Apollo, Chazelle et Singer ont aussi choisi de nous faire vivre la mission de l’intérieur.

La très grande majorité des scènes impliquant les astronautes sont donc filmées dans la fusée.

On se retrouve donc avec de longs moments où tout ce que l’on voit, ce sont deux ou trois astronautes qui se font brasser, ce qui devient très redondant à la longue.

Pire, lors des scènes de péril, nous sommes limités à voir les occupants de la navette sans vraiment comprendre ou savoir ce qui se passe à l’extérieur. Le niveau de tension en est donc d’autant réduit.

Magnifique

Malgré ses lacunes, First Man demeure un film réussi et visuellement magnifique.

La dernière demi-heure – lors de laquelle on assiste au décollage d’Apollo XI et à l’alunissage – est particulièrement belle.

Ceux qui ont vu La La Land savent que Chazelle, malgré son expérience limitée, est capable de composer des plans extrêmement bien structurés où l’attention aux détails est plus que palpable.

Il en fait à nouveau la preuve dans First Man. On s’émerveille notamment devant tous les efforts qui ont dû être mis pour chorégraphier les plans qui sont filmés en apesanteur.

Reste qu’au final, on peut comparer le film au ténébreux Armstrong: il ne manque pas de grandeur, mais est malheureusement trop souvent fade et sans éclat.

  • FICHE TECHNIQUE: FIRST MAN
  • En bref: Neil Armstrong a été le premier homme a marcher sur la Lune. Un exploit qui ne s’est pas fait sans sacrifices, autant pour lui et sa famille que pour le programme spatial américain.
  • Appréciation: Porté par une solide performance de Ryan Gosling, le film se démarque principalement par son esthétisme, mais manque de mordant en beaucoup trop d’occasions.
  • Version française: Le Premier homme
  • Genre: drame historique
  • Réalisateur: Damien Chazelle
  • Scénariste: Josh Singer, d’un livre de James R. Hansen
  • Avec: Ryan Gosling et Claire Foy
  • Budget: estimé à 59 millions $
  • Durée: 121 minutes
  • Une production des studios: Amblin Ent. et DreamWorks
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   3
    • Qualités visuelles:      4
    • Jeu des comédiens:   5
    • Originalité:    4
    • Divertissement:     3
    • Total: 19 sur 25