Le dos au mur

Les libéraux ont dû à contrecœur proposer l’un des leurs pour la présidence de l’Assemblée législative. Avec un vote en moins, plus que jamais l’avenir du gouvernement Gallant repose dans les mains du Parti vert et de l’Alliance des gens. Le chef de l’Alliance a déjà fait savoir à la lieutenante gouverneure qu’il comptait appuyer les progressistes-conservateurs pour 18 mois.

Il faut se rappeler que lors de la campagne électorale Brian Gallant avait très clairement indiqué qu’il ne voulait rien savoir de l’Alliance des gens. Il ne partageait aucune valeur avec cette formation politique. Il avait prêté à Blaine Higgs un agenda secret de collaboration avec Kris Austin. Ce qui avait soulevé de vives inquiétudes auprès du milieu associatif francophone de la province.

À moins d’un coup de théâtre, le prochain gouvernement minoritaire pourrait être dirigé par Blaine Higgs. Il devra pour avoir la confiance de la chambre présenter un discours du trône qui puisse plaire aux verts et à l’Alliance des gens. Ça sera un défi compte tenu que ces deux formations politiques ne partagent pas beaucoup de choses sur le plan des idées.

Toutefois en jetant un coup d’œil sur les plateformes électorales de ces formations politiques, on peut y retrouver des mesures susceptibles de les rapprocher. On peut penser à l’adoption de budgets non déficitaires, à l’abolition de la double taxation foncière, à l’élimination du numéro de facturation des médecins, à l’augmentation du financement du bureau de la vérificatrice générale et à la nécessité d’une seule plaque minéralogique pour les automobiles.

On peut croire que ce gouvernement minoritaire pourrait durer un bon moment dans la mesure où ni les progressistes-conservateurs, les verts et les alliancistes n’ont les ressources financières nécessaires pour financer une autre campagne électorale dans un proche avenir. Pour leur part, les libéraux s’ils se retrouvent dans l’opposition seront confrontés à un questionnement concernant leur leadership.

Brian Gallant voudra-t-il ou pourra-t-il rester le chef de cette formation politique pour bien longtemps? Refaire l’unité du parti libéral et trouver un autre chef pourraient prendre un certain temps. Il n’y aura pas à court terme également d’appétit pour les libéraux de retourner en élection.

Contrairement à la croyance populaire, les gouvernements minoritaires au Canada ont souvent été productifs et efficaces. Par exemple, les gouvernements du premier ministre Lester B. Pearson (1963-1968) ont adopté entre autres le programme universel de soins de santé, le régime de pension du Canada et le programme canadien de prêts aux étudiants. Ce sont les libéraux de Lester B. Pearson qui ont adopté le nouveau drapeau national.

Un gouvernement minoritaire se doit d’être attentif aux demandes des autres partis politiques. Il faut qu’il soit rassembleur et être ouvert à la discussion et aux compromis. Au contraire, nos gouvernements majoritaires sont presque toujours élus avec moins de 50% du vote populaire. Ils se comportent souvent de manière intransigeante.

Après près 100 ans de gouvernements majoritaires consécutifs, le Nouveau-Brunswick aura la chance de vivre l’expérience d’un gouvernement minoritaire.