La réalité en pleine face

J’étais pleine de sympathie pour Denise Bombardier lorsqu’elle est arrivée sur le plateau de Tout le monde en parle. J’aime assez son style direct et sa plume. Je me suis lassée quand elle a commencé à haranguer Jean Chrétien et j’ai vite changé de chaîne (je ne supporte cette émission qu’à toute petite dose). Je me suis ainsi épargné son évaluation de la francophonie canadienne.

Depuis, à juste titre, tout le monde tire à boulets rouges sur la Denise, taxée d’ignorance et de mépris à notre endroit. Mais, au lieu de réclamer sa tête sur un plateau d’argent, il faudrait peut-être – une fois pour toute! – nous résigner à la dure réalité: le Québec, en règle générale, et tout particulièrement son «intelligentsia», n’a aucun respect pour nous, n’en a eu que bien peu par le passé et n’en n’aura jamais davantage.

Pourquoi? D’abord, parce qu’en nous dénigrant, ces bien-pensants croient augmenter d’autant leur importance, la réussite linguistique du Québec, son rôle d’Astérix dans les Amériques, résistant encore, toujours, et seul!, contre le méchant envahisseur. Ensuite, parce que si on proclame notre mort de «Canadiens Français», on prouve, par la même occasion, la débâcle du fédéralisme et du bilinguisme et on renforce la notion d’indépendance. Le Parti Québécois a eu beau se faire décimer aux dernières élections, le nationalisme a encore ses fervents activistes.

À Québec, l’été dernier, je me suis rendue à la librairie Pantoute. Je cherchais «Acadie Road» de l’ami Gabriel. Autant chercher un exemplaire de la Bible en sanscrit! De littérature acadienne, point. Pas même un ouvrage «hors Québec» dans la section «littérature étrangère» où on les classe souvent. Uniquement de la littérature québécoise.

Le vendeur, me voyant chercher, est venu m’offrir son aide: je m’en serais bien passée quand, à la question, «Avez-vous de la littérature acadienne?» il a répondu «non», puis s’est ravisé, me portant le coup de grâce: «On a peut-être une vieille Sagouine, mais c’est tout.» Je suis partie sans même pouvoir claquer la porte de la librairie, elle était grand ouverte! Je peux vous jurer que je n’y mettrai plus jamais les pieds.

C’est ainsi qu’on nous voit. Autant nous y faire. Au Canada, les deux solitudes ne sont pas toujours celles auxquelles on pense.