C’est la faute aux baleines!

Mon père, un farouche partisan libéral, avait l’habitude de dire à son beau-frère Azade, de Shippagan, qu’il aimait bien les gens de sa région, mais que ceux-ci ne savaient pas comment voter. Il avait tort.

En regardant les résultats électoraux dans la province depuis l’avènement des circonscriptions à représentation unique, on constate que les électeurs de la circonscription de Shippagan-Lamèque-Miscou sont de loin les plus futés quand vient le temps de se choisir un député.

En douze élections générales depuis 1974, ils ont élu un membre du côté du gouvernement à neuf reprises, ce qui au baseball leur donnerait une moyenne au bâton de ,750, la meilleure performance de la province, devançant Edmundston et Bouctouche.

Pour la même période, Caraquet ne frappe que pour ,500, Tracadie et Shédiac pour ,420. Depuis l’élection de Jean Gauvin en 1978, la circonscription peut se vanter d’être pratiquement la seule dont tous les députés ont été à un moment ou un autre ministre au Cabinet.

Tous ont subi la défaite. Dans ce pays où la politique est un sport extrême, on ne se retire pas, on se fait battre! Mes calculs assument que les conservateurs formeront très bientôt un gouvernement.

L’histoire nous rappellera bien sur des batailles épiques sur ce territoire. Dès 1974, André Robichaud conserve son siège de justesse par une mince majorité de 67 voix. Jean Gauvin battu en 1987, ravit le siège de la vice-première ministre Aldéa Landry par 50 votes. Jean-Camille Degrâce redonne le siège aux libéraux en 1995 par 28 votes et Paul Robichaud, lui aussi vice-premier ministre, subit le même sort quand Wilfred Rousselle lui vole son job par 44 votes. Robert Gauvin continue la tradition en prenant le siège des mains d’un autre ministre avec une marge de 99 voix! Plus excitant que cela, tu meurs!

En regardant les statistiques électorales de ces douze élections générales, il faut déboulonner le mythe que les Acadiens votent toujours rouge. La circonscription de Bathurst et celle de Shédiac étant les seules qui n’ont pas changé d’allégeance au cours de ces années. Les élections de 1982 et celles de 1999 ont vu les francophones appuyer majoritairement les conservateurs. Cette année, les Acadiens n’ont pas voté pour Brian Gallant, ils ont voté contre Blaine Higgs. N’oublions surtout pas cela!

Qu’elle ne fut pas ma surprise en analysant le vote du mois dernier dans la circonscription de Robert Gauvin. La vague anti-Higgs a bel et bien frappé cette circonscription dans les cinq stations de vote de Pokemouche, Le Goulet, Shippagan et Lamèque où le vote libéral a augmenté en comparaison à 2014.

C’est à Sainte-Cécile, Ste-Marie-St-Raphaël (incluant Pigeon Hill) et Miscou que les conservateurs ont renversé la tendance en allant chercher 400 votes de majorité alors qu’ils avaient été battus dans ces régions par près de 200 votes en 2014.

Coïncidence ou pas, ce sont les régions où la crise des baleines noires a fait fermer précipitamment la pêche au homard ce printemps. Et si c’étaient les baleines noires qui ont battu Brian Gallant?