Un naufrage annoncé

La nouvelle est définitive et sans appel: l’église de Bas-Caraquet va être jetée à terre, vite, très vite, pour permettre la construction d’un nouveau lieu de culte, dont les plans sont fins prêts, depuis longtemps. Je suis convaincue que, dans le village, lorsque la boule de démolition se mettra au travail, nombreux seront ceux et celles qui fermeront leurs rideaux ou se mettront la tête sous l’oreiller pour ne pas assister à ce naufrage. Car c’en est un!

Le naufrage d’une partie éclatante du patrimoine acadien, de l’histoire du village et, surtout, le naufrage des espoirs de son Comité de sauvegarde et de ses donateurs. Une allumette mal intentionnée aura suffi pour tout détruire, tout comme une minuscule brèche dans une coque peut mener le plus gros des navires jusqu’au fond de l’océan.

Au moment où commencera le travail de démolition, qu’on assiste ou non à cette épreuve, il conviendra de se souvenir que l’édifice qu’on attaque comporte des milliers de pierres neuves placées là patiemment par des donateurs déterminés à préserver la beauté du lieu; que l’église a été consolidée, depuis plusieurs années maintenant, par des artisans tailleurs de pierre qui y ont mis leur savoir-faire ancestral, leur amour du travail bien fait et du patrimoine; donc, que ces ruines portent en elles et jusque dans leur moindre recoin, l’amour d’un groupe de gens et leur détermination à sauver cet édifice. C’est un aspect de ce naufrage qui a toute son importance.

Une page se tourne: l’évêché a l’argent pour donner «à la communauté chrétienne de Bas-Caraquet» une église neuve et un centre communautaire, tant mieux, on parle d’un monument pour marquer l’histoire de l’ancienne église, tant mieux. Maintenant, une fois, le côté concret des choses réglé, j’aimerais bien savoir quels sont les plans de l’évêché pour réparer l’âme de la communauté qui s’est divisée, parfois âprement, sur l’avenir de l’église depuis son regrettable incendie.

Comme je l’ai déjà dit au début de cette saga, lorsque Jésus a chuchoté à l’oreille de Saint-François d’Assise «rebâtis mon Église», il ne parlait pas de pierres mais d’âmes. Alors, espérons que l’évêque Jodoin a dans ses cartons, en plus des dessins de sa nouvelle église, un plan bien étayé pour réconcilier toutes ses brebis à Bas-Caraquet.