Chronique d’une mort annoncée

Malgré la défaite des libéraux en Chambre vendredi, la saga de la formation d’un gouvernement est loin d’être terminée. On se croirait dans un concours de beauté où personne n’a gagné!

En dépit de la parfaite légitimité dans laquelle les libéraux ont tenté de conserver le pouvoir, il faut reconnaître qu’ils n’ont impressionné personne avec la démarche déployée depuis l’élection. Il semble tellement logique que le parti de Brian Gallant ne devait pas présenter de discours du Trône quand il savait fort bien que ni les conservateurs ni l’Alliance n’allaient les supporter.

Prétendre à ce moment que des conservateurs mécontents pourraient traverser la Chambre relevait dès le départ d’une imagination trop forte ou encore d’un manque flagrant de réalisme. Ajouter à cela le bilan peu reluisant de Brian Gallant dans son dernier mandat quand vient le temps de coopérer, de consulter ou encore de parler à ses députés et on pouvait d’emblée reconnaître la trajectoire qui a mené l’ancien gouvernement vers sa fin.

Les tergiversations de Brian Gallant avec son caucus au cours des dernières semaines n’ont rien fait également pour rassurer les militants libéraux qui se demandent encore qu’elle est la meilleure voie à suivre; maintenir Gallant comme chef ou encore le remplacer?

N’allons pas crier victoire non plus chez les progressistes-conservateurs, puisqu’en acceptant de collaborer avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, le parti pourrait pratiquement enlever le mot progressiste de son nom. Le parti qui nous a donné la dualité linguistique, la loi 88, l’inclusion dans le système d’éducation et le Programme extra-mural devra constamment plaire à un parti politique dont les valeurs se situent à l’opposé de ce à quoi les francophones et les progressistes de cette province ont reçu du parti de Richard Hatfield.

Nul besoin de rappeler que la première question de Kris Austin à l’Assemblée législative à fait référence aux langues officielles et qu’il faut creuser très profondément dans leur programme politique pour retrouver des éléments susceptibles de plaire aux francophones.

À moins bien sûr d’avoir voté pour l’ouverture de la chasse aux dindons sauvages, de la réintégration de la malbouffe dans les écoles ou encore de l’exploitation du gaz de schistes, on aura de la difficulté à se retrouver dans ce nouveau gouvernement.

Et surtout que l’on ne nous fait pas croire qu’il n’y a pas d’entente entre les conservateurs et le parti de l’Alliance. Il est de la responsabilité de Blaine Higgs dans son discours du Trône de préciser les éléments qui ne sont pas négociables quand on pactise avec un parti de cet acabit.

Les Acadiens voudront lire très bientôt que les conservateurs demeurent fidèles à la loi sur les langues officielles, au maintien du rôle important du commissaire aux langues officielles, à la dualité au ministère de l’Éducation ainsi qu’à une régie de la santé francophone.

Le seul député francophone du caucus sera bien certainement appelé à jouer un grand rôle dans la formation du prochain gouvernement. On lui donne jusqu’à maintenant une bonne note, mais il faudra plus que des jeux de mots et des calembours pour convaincre les francophones de la province que leurs droits seront respectés!