Quand Sport NB oublie nos athlètes plus âgés

Il vous est sans doute déjà arrivé d’avoir une révélation soudaine et de vous dire: «Mais comment ai-je pu ne pas voir ça avant?»

Ça peut être un premier poil blanc dans votre tignasse, ou une fenêtre de votre maison qui est brisée. Ou, pire encore, votre chien qui a mangé la moitié de votre sofa par pure vengeance, parce que vous avez osé le laisser seul un certain soir de septembre.

Personnellement, j’ai eu ma dernière révélation la semaine dernière en zieutant la liste des finalistes pour les prix sportifs annuels Konica Minolta. Je me suis alors rendu compte que Sport Nouveau-Brunswick ne faisait aucune place aux athlètes plus âgés. C’est d’ailleurs (et malheureusement) le lot de plusieurs organismes sportifs.

Pour je ne sais quelle raison, nous ne célébrons trop souvent que notre élite plus jeune. Certes, ce sont les jeunes qui battent des records et qui gagnent des championnats. Ils méritent le haut du pavé, ça ne fait aucun doute. Mais il ne faudrait pas pour autant ignorer le fait que les plus vieux sont également capables de grands exploits.

La preuve, Shelley Doucet, de Quispamsis, Patty Blanchard, de Dieppe, et Raymond Caissie, de Richibucto-Village, ont connu une année extraordinaire en athlétisme et en course sur route. Idem pour le boxeur amateur Thomas Young, de Saint-Jean, ou les triathlètes Cédric Boily, de Dieppe, et Lee Roy, de Bathurst. Tenez, j’ajoute aussi le joueur de baseball Dave Barr, des Royals de Fredericton, l’escrimeuse Wendy Yano, également de la capitale provinciale, et la golfeuse Leanne Richardson, de Moncton.

Shelley Doucet
Cedric Boily
Leanne Richardson
Lee Roy
Raymond Caissie

Je vous nomme ceux-là et je suis convaincu d’en oublier plusieurs.

Dans une société en quête de beaux exemples d’athlètes affichant à la fois de la ténacité, de la résilience et du leadership, comment se fait-il qu’on rate une si belle occasion de rendre hommage à une catégorie aussi stimulante que les athlètes qui durent.

Vraiment, je m’en veux beaucoup de ne pas avoir vu ce que je considère désormais comme une incohérence.

Deux grands saltimbanques

Depuis quelques années, Éric Doucet ne rate jamais une occasion de clamer haut et fort que lui et son bon ami Marc Roussel sont les deux meilleurs lutteurs professionnels de la scène indépendante au Canada.

Vendredi, je me suis rendu au club Lions de Moncton pour justement les voir à l’oeuvre l’un contre l’autre dans le cadre d’un gala présenté par la Ultimate Championship Wrestling (UCW).

Pour l’occasion, Doucet, alias Markus Burke, a décidé de mettre rien de moins que sa carrière en jeu face au «détestable» Roussel, mieux connu sous le nom de Marko Estrada, et détenteur du championnat. Les deux Acadiens avaient donc quelque chose à perdre. L’un sa carrière, l’autre sa belle ceinture.

Ils ont livré un match exaltant, bourré d’acrobaties, de coups salauds et de manoeuvres compliquées qui aura duré plus de 30 minutes. Pour dire vrai, nous avons eu droit à une pièce de théâtre en plusieurs actes qui n’avait absolument rien à envier à ce que les mastodontes de la WWE nous présentent chaque semaine à la télévision.

Estrada a composé un méchant totalement hilarant qui a pris un malin plaisir à engueuler les partisans anglophones dans la langue de Molière. Et Burke, le gentil des deux malgré un look qui ferait passer le terrible Kurrgan (Robert Maillet) pour un enfant de chœur, n’a eu aucun mal à avoir la faveur des partisans. Vendredi, il était le héros. Il est vrai que c’est plus facile d’être le héros quand tu as une tête à claques exemplaire comme Estrada devant toi.

Tout ça pour dire que Markus Burke, qui pourra poursuivre sa carrière puisqu’il l’a emporté, ne parlait pas au travers de son chapeau. Lui et Marko Estrada sont au sommet de leur art. Nous avons là non seulement deux saltimbanques de grand talent, mais qui sont de la lignée des Leo Burke (Léonce Cormier), The Beast (Yvon Cormier) et Émile Dupré (Émile Goguen).